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Guy Bourdin

UNTOUCHED

1 juillet - 22 septembre

10H00 - 19H30

En 2011, Shelly Verthime qui, explique Samuel Bourdin, le fils du photographe, « explore, sonde, étudie, ausculte, et exhume la substance des archives de Guy Bourdin », découvre dans une boîte en carton 100 enveloppes format courrier de papier brun : dans chacune d’entre elles, Guy Bourdin avait placé le négatif et le tirage en noir et blanc. Pour cette passionnée, le choc est là, à l’image de tous ces « Untouched » présentés pour la première fois au public à l’occasion des Rencontres d’Arles. Les images datent du début des années 1950. Lignes de fuite, jeux de perspectives, planches lardées d’ombre, arbres comme tracés à la plume, le radicalisme pictural de Guy Bourdin s’affirme dans les hommages aux maîtres de la photographie, d’Eugène Atget à Berenice Abbott en passant par Man Ray que Guy Bourdin a rencontré en 1951 et qui préfacera le catalogue de ses premières photographies signées sous le pseudonyme d’Edwin Hallan. Ces images constituent un trésor en soi, tant elles sont à la charnière d’une histoire, d’une palette d’expressions : la photographie d’une part et les dessins de l’autre – lesquels feront d’ailleurs l’objet d’une nouvelle exposition en 1954. Précédant la grande aventure qui commence chez Vogue France en 1955 avec Edmonde Charles-Roux, qui fera de lui le grand de la mode en couleurs, ces images sont parfois légendées de manière télégraphique : « Pont des Arts Paris : novembre 1952. Personnages avec parapluie traversant », ou encore « Bains Deligny sur la Seine à Paris : juillet 1952. Parisien se dorant le dos ».
La France vit à l’heure du recommencement et des tickets de rationne- ment, années dont ces cours insalubres, ces rues mouillées et désertes, ces personnages pareils à des roseaux, évoquent la part encore un peu maudite, loin des clichés rieurs de Saint-Germain-des-Prés et des salons de couture de l’avenue Montaigne. Guy Bourdin n’a que 24 ans et livre ici un rarissime autoportrait. Ses images sont des notes, des chroniques, qui constitueront la charpente de sa propre recherche. Sur les traces d’un Stieglitz, il semble dire à sa manière : « Je veux seulement faire une image de ce que j’ai vu, et non pas de ce que l’événement signifie pour moi. »
D’emblée, il accentue les rythmes, élimine les détails pour sublimer les lignes, qui rappellent le cheminement d’un Mondrian vers l’abstraction pure. Guy Bourdin aiguise une sensibilité dont la couleur, quinze ans plus tard, exaltera les contours à vif, déjà si présents dans ces obsessions mises à nu, portes ouvertes du voyeur, réfléchissements de l’image dans l’image à la manière des miroirs incrustés par Jan van Eyck ou Vélasquez. Pour Shelly Verthime, ces images révèlent, au-delà d’un témoignage sur le Paris de l’après-guerre, les prémices d’une œuvre à venir. Au projet énoncé par George Eastman à la fin du XIXe siècle – « écrire avec la lumière » –, Guy Bourdin répond avec des instan- tanés qui fixent sans le nommer le chemin vers l’imagi- naire, sa chambre noire.
Laurence Benaïm, directrice du magazine Stiletto
En 2011, Shelly Verthime qui, explique Samuel Bourdin, le fils du photographe, « explore, sonde, étudie, ausculte, et exhume la substance des archives de Guy Bourdin », découvre dans une boîte en carton 100 enveloppes format courrier de papier brun : dans chacune d’entre elles, Guy Bourdin avait placé le négatif et le tirage en noir et blanc. Pour cette passionnée, le choc est là, à l’image de tous ces « Untouched » présentés pour la première fois au public à l’occasion des Rencontres d’Arles. Les images datent du début des années 1950. Lignes de fuite, jeux de perspectives, planches lardées d’ombre, arbres comme tracés à la plume, le radicalisme pictural de Guy Bourdin s’affirme dans les hommages aux maîtres de la photographie, d’Eugène Atget à Berenice Abbott en passant par Man Ray que Guy Bourdin a rencontré en 1951 et qui préfacera le catalogue de ses premières photographies signées sous le pseudonyme d’Edwin Hallan. Ces images constituent un trésor en soi, tant elles sont à la charnière d’une histoire, d’une palette d’expressions : la photographie d’une part et les dessins de l’autre – lesquels feront d’ailleurs l’objet d’une nouvelle exposition en 1954. Précédant la grande aventure qui commence chez Vogue France en 1955 avec Edmonde Charles-Roux, qui fera de lui le grand de la mode en couleurs, ces images sont parfois légendées de manière télégraphique : « Pont des Arts Paris : novembre 1952. Personnages avec parapluie traversant », ou encore « Bains Deligny sur la Seine à Paris : juillet 1952. Parisien se dorant le dos ».
La France vit à l’heure du recommencement et des tickets de rationne- ment, années dont ces cours insalubres, ces rues mouillées et désertes, ces personnages pareils à des roseaux, évoquent la part encore un peu maudite, loin des clichés rieurs de Saint-Germain-des-Prés et des salons de couture de l’avenue Montaigne. Guy Bourdin n’a que 24 ans et livre ici un rarissime autoportrait. Ses images sont des notes, des chroniques, qui constitueront la charpente de sa propre recherche. Sur les traces d’un Stieglitz, il semble dire à sa manière : « Je veux seulement faire une image de ce que j’ai vu, et non pas de ce que l’événement signifie pour moi. »D’emblée, il accentue les rythmes, élimine les détails pour sublimer les lignes, qui rappellent le cheminement d’un Mondrian vers l’abstraction pure. Guy Bourdin aiguise une sensibilité dont la couleur, quinze ans plus tard, exaltera les contours à vif, déjà si présents dans ces obsessions mises à nu, portes ouvertes du voyeur, réfléchissements de l’image dans l’image à la manière des miroirs incrustés par Jan van Eyck ou Vélasquez. Pour Shelly Verthime, ces images révèlent, au-delà d’un témoignage sur le Paris de l’après-guerre, les prémices d’une œuvre à venir. Au projet énoncé par George Eastman à la fin du XIXe siècle – « écrire avec la lumière » –, Guy Bourdin répond avec des instantanés qui fixent sans le nommer le chemin vers l’imaginaire, sa chambre noire.

Laurence Benaïm, directrice du magazine Stiletto

Commissaire de l’exposition : Shelly Verthime. Tirages en partie réalisés par Processus, Paris. Encadrements réalisés par Circad, Paris. Projection : production exécutive par Coïncidence.
Exposition présentée à l’espace Van Gogh.
Commissaire de l’exposition : Shelly Verthime.
Tirages en partie réalisés par Processus, Paris.
Encadrements réalisés par Circad, Paris.
Projection : production exécutive par Coïncidence.
Exposition présentée à l’espace Van Gogh.