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Jean-Christophe Béchet

Accidents

2 juillet - 23 septembre

10H00 - 19H30

Cherchant en vain à représenter la bave d’un animal haletant, le peintre grec Protogène jette finalement de dépit une éponge sur son œuvre ; il obtient alors, par hasard, le rendu recherché... Cette anecdote, racontée par Pline l’Ancien, est citée par Pierre Soulages pour expliquer l’importance des « accidents » dans sa peinture. En photographie, les accidents sont tributaires de l’outil utilisé. Mes accidents portent la trace des technologies argentiques. Sans nostalgie, mais avec la certitude qu’ils témoignent d’une temporalité précise. Au départ, un accident est un événement négatif, malheureux. C’est pourquoi, l’accident esthétique doit être un ratage, une bévue, une erreur. S’il est volontairement recherché (utilisation d’appareils plastiques, applications vintage pour smartphones...), il devient un effet de style. Les accidents qui m’importent sont ceux qui possèdent une épaisseur fictionnelle. Ils étirent le temps, créant une sensation de travelling. L’image n’est plus coupée de son hors-champ. L’irruption de la lumière ancre les images dans une dimension documentaire. L’accident révèle ici la spécificité photographique mêlant narration et documents, poésie et vérité de l’instant. Dans chacun de mes livres, j’ai intégré des images involontaires du réel. Face à elles, comme devant l’éponge de Protogène, on peut parler de petit miracle esthétique. Tout créateur aime, je crois, ce moment où son travail s’affranchit de sa propre maîtrise. La découverte d’un accident réussi offre une respiration de bonheur. En faire une œuvre à part entière, c’est instaurer une connivence avec le public. C’est aussi démontrer par l’absurde que c’est dans l’improvisation, et même les « couacs », que tient notre travail. Cela atteste de la liberté d’un style. Comme ces jazzmen qui s’emparent avec virtuosité du free jazz pour pousser les instruments aux limites de leur technique. L’accident survient dans une disponibilité totale à ces hasards objectifs qui créent le bonheur du désordre. Il perturbe la sécurité, la répétition, la maîtrise... Il est plus que jamais nécessaire à la photographie du réel.

Jean-Christophe Béchet

Tirages réalisés par Picto et Publimod, Paris.
Encadrements réalisés par Plasticollage et Jean-Pierre Gapihan, Paris.
Exposition présentée aux Forges, parc des Ateliers