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Pétur Thomsen

Très loin à l'est, il y a l'ouest/3

2 juillet - 23 septembre

10H00 - 19H30

Si Caspar David avait séjourné en Islande, aurait-il peuplé ses paysages de petits bonshommes habillés de rouge avec un casque de la même couleur, de Caterpillar gros comme des jouets d’enfant au 1/43e que l’on trouve dans les photos de Pétur Thomsen ? Pourquoi Caspar David ? Parce que Friedrich, le peintre romantique du paysage immense, parce que l’artiste ne traduit pas ce qu’il voit en face de lui mais ce qu’il voit en lui, parce que c’est ce que nous donne à voir Pétur par sa photographie. Mais attention ! Photographies ! Romantiques ! Pourquoi pas? Chercher Dieu dans la nature, disait Caspar David Friedrich. Pétur Thomsen nous montre le début de l’enfer. Du romantisme industriel. Des photos qui nous amènent vers le sublime mais une nature tachée, lacérée, griffée, rayée, une nature qui devient land art comme des Robert Smithson ou des agencements mal fagotés de Markus Raetz qui deviendraient abstraits. Mais attention, Pétur enquête, il s’informe, il étudie les barrages, les centrales hydroélec- triques qui sont en train de défigurer le paysage islandais. Il va sur le chantier, il campe, il a une voiture à chenilles, il peut faire - 30 °, il reste une, deux, trois semaines, il y revient quelques mois plus tard, il rôde avec sa chambre sur l’épaule pour trouver l’angle, la perspective, la ligne, la couleur, Friedrich revisité par Kandinsky qui passionne Pétur. Je ne sais pas si Andreas Gursky a photographié les paysages islandais, je parle de ses superbes photographies avant qu’il ne bascule dans une œuvre grandiloquente. Grandiloquence, nous dit Clément Rosset: transformer le petit en grand et l’insignifiant en signifiant. Pour dire que Pétur Thomsen a cette capacité de nous donner à voir des œuvres dont la qualité dépasse peut-être
celles du Gursky du début en espérant que la reconnaissance qu’il mérite largement ne l’emporte pas dans cette grandiloquence qui menace tout artiste reconnu.
Jean-Luc Amand Fournier, commissaire et enseignant à l’ENSP.
celles du Gursky du début en espérant que la reconnaissance qu’il mérite largement ne l’emporte pas dans cette grandiloquence qui menace tout artiste reconnu.

Jean-Luc Amand Fournier, commissaire et enseignant à l’ENSP.

Tirages et encadrements réalisés par l’atelier Voies Off, Arles.
Exposition présentée à la Grande Halle, parc des Ateliers.