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Daniela Rossell

Ricas y famosas (Riches et célèbres)

4 juillet - 18 septembre

10H00 - 19H30

UNIVERS PRIVÉS, ILLUSIONS PUBLIQUES
Une image en particulier de Ricas y famosas témoigne très clairement de la relation complexe et complice qui sous-tend le travail de la photo- graphe Daniela Rossell sur l’identité, le quotidien et l’imagerie des Mexicains de classe supérieure. Devant une fresque orientaliste qui dépeint un harem, huit femmes prennent la pose, telles des odalisques. [...]
Si les odalisques de la peinture se montrent indifférentes à notre visite imaginaire, les odalisques « réelles » font face à l’appareil, affichant une conscience de soi démesurée, regardant presque l’objectif. [...]
Si les huit femmes possèdent toutes une forme d’audace vis-à-vis de l’image photographique, elles semblent également en avoir peur. Elles savent qu’elles font de leurs visages et de leurs corps un produit dispo- nible à la consommation publique ; elles empruntent pour l’occasion les poses conventionnelles du cinéma ou de la presse.
Outre les papiers que les femmes ont dû signer pour dispenser la photo- graphe de toute accusation d’atteinte à la vie privée, les photographies elles-mêmes témoignent indéniablement de l’existence d’un contrat. Ces femmes imposent au regard public l’univers qu’elles se sont créé. Elles théâtralisent non seulement leur abondance de moyens, mais également le kitsch excessif qui peuple le monde fait d’illusions qu’elles se sont construit.
L’aspect radical des images de Rossell n’est pas uniquement dû au fait qu’elles parviennent à franchir le seuil de maisons protégées par des gardes du corps – la presse à scandale et les pages « société » des quotidiens y parviennent déjà, sans faire sourciller qui que ce soit. (...) Plutôt que de nous présenter la manière dont vivent les classes privilégiées, Ricas y famosas fait apparaître la manière dont celles-ci voudraient vivre : ce qu’elles s’imaginent être.
Les photographies de Rossell représentent toujours une multitude contradictoire de fantasmes provenant pêle-mêle de boutiques d’antiquités, de grands magasins, de safaris. Elles documentent l’effort désespéré
d’une classe sociale spécifique de créer un « ailleurs » pour se distinguer de la misère rurale la plus abjecte. [...] Ricas y famosas est donc un guide de voyage détaillant une série de Disneyland tropicaux pseudo-aristocratiques : des décors d’évasion habités autant par les fantômes de l’iconographie révolutionnaire priísta, les animaux empaillés et – plus souvent qu’on ne le voudrait – des œuvres d’art. [...]
Souvent, le rôle de l’art contemporain est moins de faire un commentaire que d’inciter au commentaire. [...]
Le mérite de Rossell n’est pas tant d’avoir produit une thèse sur les gens dont elle a fait le portrait, mais plutôt d’avoir fait circuler des objets visuels qui forcent les spectateurs à se représenter en public. (...) L’art de Rossell est un art de la provocation, en ce sens qu’il provoque des commentaires en cascade.
Cuauhtémoc Medina
UNIVERS PRIVÉS, ILLUSIONS PUBLIQUES

Une image en particulier de Ricas y famosas témoigne très clairement de la relation complexe et complice qui sous-tend le travail de la photographe Daniela Rossell sur l’identité, le quotidien et l’imagerie des Mexicains de classe supérieure. Devant une fresque orientaliste qui dépeint un harem, huit femmes prennent la pose, telles des odalisques. [...] Si les odalisques de la peinture se montrent indifférentes à notre visite imaginaire, les odalisques « réelles » font face à l’appareil, affichant une conscience de soi démesurée, regardant presque l’objectif. [...] Si les huit femmes possèdent toutes une forme d’audace vis-à-vis de l’image photographique, elles semblent également en avoir peur. Elles savent qu’elles font de leurs visages et de leurs corps un produit disponible à la consommation publique ; elles empruntent pour l’occasion les poses conventionnelles du cinéma ou de la presse Outre les papiers que les femmes ont dû signer pour dispenser la photographe de toute accusation d’atteinte à la vie privée, les photographies elles-mêmes témoignent indéniablement de l’existence d’un contrat. Ces femmes imposent au regard public l’univers qu’elles se sont créé. Elles théâtralisent non seulement leur abondance de moyens, mais également le kitsch excessif qui peuple le monde fait d’illusions qu’elles se sont construit. L’aspect radical des images de Rossell n’est pas uniquement dû au fait qu’elles parviennent à franchir le seuil de maisons protégées par des gardes du corps – la presse à scandale et les pages « société » des quotidiens y parviennent déjà, sans faire sourciller qui que ce soit. (...) Plutôt que de nous présenter la manière dont vivent les classes privilégiées, Ricas y famosas fait apparaître la manière dont celles-ci voudraient vivre : ce qu’elles s’imaginent être.Les photographies de Rossell représentent toujours une multitude contradictoire de fantasmes provenant pêle-mêle de boutiques d’antiquités, de grands magasins, de safaris. Elles documentent l’effort désespéréd’une classe sociale spécifique de créer un « ailleurs » pour se distinguer de la misère rurale la plus abjecte. [...] Ricas y famosas est donc un guide de voyage détaillant une série de Disneyland tropicaux pseudo-aristocratiques : des décors d’évasion habités autant par les fantômes de l’iconographie révolutionnaire priísta, les animaux empaillés et – plus souvent qu’on ne le voudrait – des œuvres d’art. [...] Souvent, le rôle de l’art contemporain est moins de faire un commentaire que d’inciter au commentaire. [...] Le mérite de Rossell n’est pas tant d’avoir produit une thèse sur les gens dont elle a fait le portrait, mais plutôt d’avoir fait circuler des objets visuels qui forcent les spectateurs à se représenter en public. (...) L’art de Rossell est un art de la provocation, en ce sens qu’il provoque des commentaires en cascade.

Cuauhtémoc Medina

Tiré de l’article : C. Medina, « El Ojo Breve.
Mundos privados, ilusiones públicas », Reforma, mercredi 11 septembre 2002.
Traduction anglaise de Trudy Balch, Witness to Her Art. Art and Writings by Adrian Piper, Mona Hatoum, Cady Noland, Jenny Holzer, Kara Walker, Daniela Rossell
and Eau de Cologne, sous la direction de Rhea Anastas et Michael Brenson, Annandale-On-Hudson, New York, Center for Curatorial Studies, Bard College, 2006, p. 332.
Tirages réalisés par BS Imagen Virtual, Mexico.
Exposition présentée à l’Atelier des Forges, Parc des Ateliers.
Tiré de l’article : C. Medina, « El Ojo Breve. Mundos privados, ilusiones públicas », Reforma, mercredi 11 septembre 2002.
Traduction anglaise de Trudy Balch, Witness to Her Art.
Art and Writings by Adrian Piper, Mona Hatoum, Cady Noland, Jenny Holzer, Kara Walker, Daniela Rossell and Eau de Cologne, sous la direction de Rhea Anastas et Michael Brenson, Annandale-On-Hudson, New York, Center for Curatorial Studies, Bard College, 2006, p. 332.
Tirages réalisés par BS Imagen Virtual, Mexico.
Exposition présentée à l’Atelier des Forges, Parc des Ateliers.