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L'ENSP au sein des collections du centre national des arts plastiques

Documents pour une information alternative

2 juillet - 23 septembre

10H00 - 19H30

La photographie est un outil de représentation critique des réalités contemporaines. À l’origine, sa conception même fut animée par la nécessité d’enregistrer des manifestations du réel ; d’en constituer des inventaires, des mémoires, des archives mais aussi des constats de ce qui résiste à la représentation : ce mutisme du réel qui empêche l’affirmation mais autorise à poser les questions justes. Les investigations sur le réel développées par ces enquêteurs agissant librement depuis l’activité artistique ont permis une « nouvelle narration du monde », pour reprendre les mots de Riccardo Petrella. Afin de décrire les conditions contemporaines de vie et de travail, il s’agit d’observer avec soin l’environnement dans lequel les existences s’établissent. Dans un dépassement et une redéfinition des genres en photo- graphie, la catégorie du paysage s’est vue reformulée en un examen analytique des cadres de vie, de l’extension de l’urbain à l’implantation de l’industrie dans le paysage et son irrigation par les flux de transport et d’énergie. À ces descriptions post-documentaires de l’environnement, dépassant l’objectivité descriptive pour proposer une lecture critique, répondent des enquêtes sur la communauté humaine. Tout en faisant appel aux outils d’approche cognitive employés par les sociologues, les historiens, les géographes et les anthropologues, les artistes déploient des méthodes de travail fondées sur l’exigence d’une rencontre, d’une expérience partagée et d’une temporalité longue de travail, insoumise à des impératifs de rapidité et d’illustration. Ces photographes ont en commun d’avoir fait le choix déterminant de travailler en des lieux situés – géographiquement et historiquement – et en relation à des individus et des communautés avec lesquels ils instaurent une collaboration dans la production de l’image. Ils ont affirmé la nécessité d’être à la fois témoins et acteurs des réalités au sein desquelles ils travaillent. Ils n’instruisent pas un procès mais contribuent à la proposition de représentations alternatives à celles fournies en abondance par les médias de masse et l’industrie culturelle. Ce sentiment de profusion généré par l’hyperactivité informationnelle dissimule de profonds déficits de représentation. Une grande partie de la réalité sociale n’est tout simplement pas représentée par la sphère de la communication. C’est là que se situe «le crime dans l’information» que dénonçait déjà Jean-Luc Godard dans Numéro deux (1975). Les systèmes de représentation dominants ignorent et déforment tout à la fois ce qui fait la richesse de la vie quotidienne. Plus que jamais, l’art est le lieu où peuvent s’inventer des images alternatives, en recherche d’une plus grande justesse mais aussi d’une éthique de l’acte de représentation. Ces photographes inventent une autre information. Les images qu’ils proposent à notre réflexion ne prétendent pas offrir une explication universelle de tous ces phénomènes constitutifs de l’illisibilité d’une époque se disant et se voulant «complexe». Mais ils proposent une connaissance nouvelle, inédite, sur des faits situés dont nous sommes les contemporains, en redéfinissant l’activité artistique comme laboratoire de production de savoirs.

Pascal Beausse, commissaire, responsable des collections photographiques du Centre national des arts plastiques.

Photographes exposés : Philippe Bazin, Pierre Faure, Valérie Jouve, Andrea Keen, Olivier Menanteau, Jürgen Nefzger, Mathieu Pernot, Red Caballo, Bruno Serralongue.
Exposition réalisée avec la collaboration du Centre national des arts plastiques, Paris.
Exposition présentée à l’espace Van Gogh.