Édition 2009

présenté par BERNARD PERRINE

LÉON HERSCHTRITT

LE STYLE ET LA FIBRE

Fermée le 13 septembre 2009
Le travail de Léon Herschtritt se situe à une époque charnière, à la fois héritière – et étouffée – de ce que l’on appelle «la photographie humaniste française d’après-guerre». Et les nouvelles visions venues d’outre-Atlantique qui, avec les évolutions technologiques, viendront remettre en cause les fondements mêmes de l’image. Ce n’est pas un hasard, car ce travail très tôt reconnu mettait en lumière ce que pressentait Emmanuel Sougez dans le magazine Camera en 1961: «Ce n’est plus par sa qualité mais par son sujet et sa signification qu’une image retient désormais l’attention.» En passant d’un thème à l’autre, avec l’humain comme sujet, Léon Herschtritt nous donne à voir plus qu’une tranche d’histoire : un regard unique sur des histoires – au sens de récits. Au-delà de ce que l’on avait coutume d’appeler des «picture essay» (Mur de Berlin, Gosses d’Algérie ou Le Village africain) ou derrière les grands portraits (de Gaulle, Sartre ou Catherine Deneuve...), on découvre l’empreinte caractéristique d’une génération, pour ne pas dire d’une école. Et surtout l’écriture unique d’un photographe. Les avancées technologiques des matériels de prise de vue et des surfaces sensibles, pour faire court, deviennent synonymes de libération en faisant voler en éclats les vieux carcans. Libéré, le photographe peut se concentrer sur son sujet pour en capter les moindres gestes et en saisir les plus fines expressions ou émotions en utilisant uniquement la lumière disponible. Il peut même choisir volontairement l’éclairage d’un bistrot et le grain du noir et blanc pour créer un climat. À tout cela Léon Herschtritt ajoute, sur tous les sujets qu’il aborde, ce «tendre regard» qui fait que l’on reconnaît ses photographies au milieu de mille autres. C’est également pour cela qu’après Berlin, Dresde, Grenoble ou Arras et avant bien d’autres, il nous a semblé évident que, pour sa 40e édition, Arles, à son tour, accueille et honore l’oeuvre essentielle de ce photographe français.
Bernard Perrine  


LE STYLE ET LA FIBRE. L’oeuvre photographique de Léon Herschtritt? Vous ne la trouverez ni dans les écoles, ni dans les courants, ni dans les modes. Faites plutôt comme ces amoureux qui, la nuit, pointent leur doigt sur le plan du métro, se demandent où ils sont dans Paris, sûrs déjà d’être ensemble. Grand amoureux de Paris, de la vie, de l’Afrique, des enfants, des femmes, de la liberté, Herschtritt rencontre tout cela sur le court chemin qui, de 1956 à 1970, lui fait porter un Leica ou un Nikon. Ce vagabondage constituera la photothèque qui sort aujourd’hui de ses boîtes pour le bonheur d’un nouveau public. Photographie noir et blanc, garantie pur argentique, le travail ne trahit pas son homme, pas plus que le style ne l’emprisonne. Le style, Léon Herschtritt l’invente à chacun des territoires qui s’ouvre à lui, sur mesure : clair et vif pour les jeux de gosses qui pouvaient encore s’approprier la rue, clair-obscur pour les virées discrètes aux heures chaudes de la prostitution, douce pénombre pour des amoureux qu’il ne dérange même pas. Quand d’autres volent leurs images ou les fabriquent, Léon Herschtritt les suit dans leurs histoires. Il n’a pas 25 ans, mais déjà le prix Niepce, quand il décide de passer sur place le premier Noël de Berlin coupée par un mur. L’absurdité de l’événement et la déchirure qu’il installe interrogent le regard du jeune photographe, qui bientôt saisit la fibre du chagrin qui vibre entre les sapins illuminés et les croix des premiers fugitifs abattus. On quitte la guerre froide pour s’insinuer dans le monde des artistes, des intellectuels et des politiques, la hauteur pour de Gaulle, l’acuité strabique pour Sartre, l’ingénuité pour Deneuve, ici encore Herschtritt explore les registres comme il sait changer de tonalité selon qu’il photographie l’Algérie brûlante ou les rues chaudes du quartier des Halles, un gamin rom au mégot, une ballerine au tableau noir. Le style de Léon Herschtritt ne procède pas d’une posture d’artiste, il s’imprègne simplement de l’atmosphère et des humeurs pour faire parler ses images sans manières, d’un timbre juste.
Hervé Le Goff

Léon Herschtritt est représenté par l’agence La Collection, Paris.
Tirages réalisés par Philippe Salaün et PICTO.

  • Partenaires institutionnels

    • République Française
    • Région Provence Alpes Côté d'Azur
    • Département des Bouches du Rhône
    • Arles
    • Le Centre des monuments nationaux est heureux de soutenir les Rencontres de la Photographie d’Arles en accueillant des expositions dans l’abbaye de Montmajour
  • Grands partenaires

    • Fondation LUMA
    • BMW
    • SNCF
    • Kering
  • Partenaires médias

    • Arte
    • Lci
    • Konbini
    • Le Point
    • Madame Figaro
    • France Culture