In memoriam

OLIVIER ETCHEVERRY
[1952 - 2022]

Hubert Védrine, président, et le conseil d’administration,
Christoph Wiesner et Aurélie de Lanlay, directeur et directrice adjointe,
François Hébel et Sam Stourdzé, anciens directeurs,
toutes les équipes, les artistes et les commissaires d’expositions des Rencontres d’Arles
ont l’immense chagrin d’annoncer le décès d’Olivier Etcheverry,
scénographe des expositions du festival en 1986 et 1987 puis de 2002 à 2022.

Il incarnait avec une élégante modestie et une générosité joyeuse l’âme et les valeurs portées par le festival.
Il a réinventé la mise en scène de la photographie avec des installations atypiques et originales.
Amoureux d'Arles, il a su mettre en valeur la ville en investissant des lieux souvent oubliés ou peu propices à l’exposition.

Il occupait les espaces, il habite nos cœurs.
Son humour et sa délicatesse vont nous manquer.
La 53e édition des Rencontres d’Arles lui sera dédiée.



Les familles Etcheverry et Hébel communiquent :

« Olivier Etcheverry est décédé ce matin 3 mars 2022 à l’hôpital Cognacq-Jay à Paris.

Scénographe, formé aux Arts décoratifs, il avait commencé une carrière au théâtre, notamment à la comédie de Rennes, avant d’être l’artisan en 1986 du renouveau de la scénographie d’expositions aux Rencontres de la photographie d’Arles.

Appelé par son cousin François Hébel en 1985 pour interroger la façon d’exposer la photographie aux Rencontres d’Arles, à un moment où les expositions étaient très conventionnelles et où les portes des musées étaient fermées à la photographie, il proposait une scénographie colorée, aux murs de formes variées, intégrant affiches, installations, cabines de plages… et une expérience physique du visiteur. Les 20 expositions du programme de l’été 1986 se déroulaient aux ateliers SNCF d’Arles, investissant pour la première fois le bâtiment des « Forges ». Cette présence de l’art dans un site industriel était alors novatrice, contemporaine de la création du Magasin à Grenoble par Patrick Bouchain.

En 1987, il inscrira la vingtaine d’expositions du programme dans des lieux considérés comme les plus inadaptés : pont autoroutier, chapelles, appartements, cours d’école…

La qualité de son contact avec les artistes, toujours associés à ces présentations alternatives, permit de mener des expériences autrement inacceptables par eux. Surtout cela permit d’élargir le cercle d’intérêt de la photographie à une audience qui serait multipliée par quatre en deux éditions.

De retour en 2002 pour reformer le tandem avec François Hébel (jusqu’en 2014), puis avec Sam Stourdzé et Christoph Wiesner qui se succèdent à la direction des Rencontres de la photographie, le travail d’Olivier Etcheverry continuera à proposer des façons d’exposer qui seront une inspiration pour l’ensemble de la communauté photographique.

Ses centres d’intérêt multiples l’attireront vers d’autres arts. Il réalise nombre de films sur des artistes. Il dirigera trois ans un festival de danse à Arles, salué alors par Le Monde comme la meilleure programmation du genre. Les expositions et les catalogues (Dubuffet, Tapiès, Masson, Prassinos, Surian, Klemensiewicz) dont il assurera le commissariat pour la galerie d’art contemporain du Conseil Général des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence feront date.

Pendant dix ans directeur artistique au Livre de Poche (Hachette), il convoquera une grande palette d’artistes pour les couvertures de livres.

Il formera un autre grand tandem de sa vie avec Jean-Noël Flammarion, connu durant sa jeunesse, avec qui il a créé en 2010 la Rue Visconti, galerie, maison d’édition et de production de films toujours plus exigeants. Ils exposent et publient notamment le travail de Tania Mouraud, Jacques Monory, Gérard Traquandi, Anne et Patrick Poirier... Il produit dans le cadre de la galerie plusieurs installations monumentales dont « Les Grandes Ondes » de François Morellet au Louvre/Saint Honoré. 

Il est né dans une famille de théâtre. Ses parents, originaires du pays basque, étaient « montés » à Paris au milieu du XXe siècle. Sa mère, Jacqueline Hébel, a donné la réplique à Louis Jouvet dans Knock avant de former nombre de jeunes comédiens à la Maison des jeunes des hauts de Belleville, et son père, Michel Etcheverry, est devenu un éminent sociétaire de la comédie française. C’est dans cette MJC qu’Olivier Etcheverry fera une apparition comme comédien, aussi brève que marquante tant sa personnalité rayonnait déjà.

Être à la culture multiple, élevé chez les jésuites en parallèle de cette famille bouillonnante, il alliait une grande curiosité d’esprit à une retenue toute particulière. Cela ne l’empêchait pas d’être un grand épicurien, aimé autant par les cols bleus que par les cols blancs, dont il obtenait des prouesses techniques par son charme puissant et son autorité naturelle et empathique.

Olivier Etcheverry a une compagne, trois enfants, Agathe, Clémence et Odilon, des petits-enfants, des neveux, une filleule et des cousins qui lui étaient chers, qui l’ont entouré dans ce dernier combat.

Pour sa famille, ses amis, ceux qui ont travaillé avec lui, la disparition d’Olivier Etcheverry est déjà un vide monumental. »
Posté le 03.03.2022