Ajax loader

Anonyme - Claude Nori devant la galerie Contrejour, septembre 1976.

Contrejour,
une affirmation française

Cette exposition est consacrée à l’aventure éditoriale de Contrejour qui, dans les années 70, bouleversa le paysage éditorial, portée par le mouvement d’une nouvelle photographie spontanée, anticonformiste, engagée, proposant de jeter les bases d’un véritable langage autonome. Elle rend aussi hommage à son fondateur, Claude Nori, photographe lui-même, qui sur près de quinze ans, à travers plus de 150 publications, permit à nombre d’auteurs alors inconnus de publier leurs premiers livres ou monographies, contribuant ainsi à façonner la photographie d’auteur telle que nous la concevons aujourd’hui.

En 1975, écrit-il, juste après son époque psychédélique, il avait réalisé la maquette du livre Lunettes préfacé par Agnès Varda et dans un paysage éditorial désertique ne trouvant pas d’éditeur, décidé de le publier lui-même comme le firent Ralph Gibson et Leslie Krims ou Jean Dieuzaide qui venait de sortir à compte d’auteur son ouvrage Mon aventure avec le Brai. Contacté alors par de nombreux photographes et reporters de sa génération qui cherchaient à s’exprimer en montrant leurs images, poussé par leur énergie et leur enthousiasme se mit à germer en lui l’idée d’un journal anticonformiste puis d’une maison d’édition qui donnerait la parole et la visibilité à tous ces auteurs qui avaient décidé de faire de la photographie une véritable philosophie de la vie et une façon nouvelle de faire de l’art. Contrejour est né de ce désir plus fort que tout, de tous ces talents qui ne demandaient qu’à être révélés.

Alors que n’existait aucune tradition critique, dans un quasi désert institutionnel, cette génération de photographes en recherche d’identité brassa les idées de son époque, jeta des ponts avec le cinéma et la littérature, tourna le dos au photojournalisme traditionnel, produisit dans un élan spontané un art libérateur plus proche des gens, qui trouva, grâce au livre, un espace de création original et un moyen de diffusion à grande échelle. Influencée par le dynamisme de la photographie américaine, cette nouvelle photographie (que l’on nomma créative, actuelle ou d’auteur) s’affirma en France puis dans toute l’Europe comme un mouvement bien décidé à surprendre par des images décalées révélant une réalité et des fantasmes que les idéaux de mai 68 avaient semés.

Contrejour implanté à Montparnasse devint rapidement une plaque tournante et assura la diffusion des idées et des débats autour de la photographie d’auteur avant que les institutions et le marché de la photographie ne s’organisent. Le journal Contrejour, fanzine underground et provocateur, avec son incontournable rubrique « Dégrafez vos paupières » accueillit dans ses pages les écrits de critiques et historiens comme Arnaud Claass, Annie Walther, Jacques Marchois, Carole Naggar, André Laude ou Jean-Claude Gautrand. Il fut bientôt suivi de Caméra International créé avec Gabriel Bauret et Les Cahiers de la photographie avec Gilles Mora.

Claude Nori, entouré d’une équipe de professionnels se démena sans cesse pour assurer aux auteurs une visibilité maximum, organisa des expositions et des événements pour accompagner les ouvrages, joua un rôle d’agitateur culturel indiscutable pour imposer cette nouvelle photographie en devenir. La renommée de Contrejour culmina avec Photographie Actuelle en France, ouvrage collectif de 80 photographes pour la plupart jamais publiés, La Photographie Française des origines à nos jours, premier du genre sorti en 1979 et traduit en plusieurs langues, Le Voyage mexicain de Plossu et enfin Trois secondes d’éternité de Doisneau conçu par Maurice Coriat qui remit les photographes humanistes sur le devant de la scène.

L’exposition restitue l’ambiance particulière de cette époque de fraîcheur et de découverte où tout semblait permis et possible, situe le contexte de création de Contrejour, met en valeur les principales publications sur près de vingt ans et présente les photographies des auteurs qui comptèrent dans l’histoire de Contrejour : Plossu, Le Querrec, Giacomelli, Ghirri, Petersen, Sieff, Peress, Doisneau, Boubat, Ronis, Garanger et Salgado pour ne citer qu’eux.

Claude Nori

Avec l'aimable autorisation d'Isabelle Nori.


Claude Nori

Né en 1949 à Toulouse.

Vit et travaille à Biarritz.


C’est en 1968 que Claude Nori découvre la photographie alors qu’il se destinait à devenir réalisateur. En 1974, il monte à Paris, se lie d’amitié à Bernard Plossu et fonde avec un collectif de photographes et de critiques, Contrejour, à la fois journal, maison d'édition et galerie à Montparnasse. Le lieu devient rapidement un espace de rencontre et de diffusion de la Nouvelle Photographie. Après avoir travaillé pour Vogue et Daily Telegraph Magazine, il sort en 1976 son premier livre de photographies, Lunettes, préfacé par Agnès Varda, suivi d’un roman aux éditions du Seuil dédié à la photographe Donna Ferrato, plusieurs films et livres consacrés aux thèmes du flirt adolescent et de l’Italie. En 1981, il publie La Photographie française des origines à nos jours, réédité en 2010 aux éditions Flammarion. En 1984, il participe au Viaggio in Italia, le projet de Luigi Ghirri qui est l’une des toutes premières campagnes photographiques subjectives sur l’Italie. En 1999, il fonde avec son épouse Isabelle Nori, le festival Terre d'Images à Biarritz, la revue Photo Nouvelles et le magazine Revista. En juin 2011, après une interruption de plus de quinze ans, il redonne vie aux éditions Contrejour et publie La Géométrie du flirt suivit de Jours heureux au pays basque. Ses dernières expositions ont eu lieu au festival Photomed et au Château d’eau à Toulouse.

Couvent Saint-Césaire

> 26 août

5 €


> billetterie