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Eva Stenram - N°1, dans la série Drape, 2011.

Eva Stenram

Pour mon exposition du prix Découverte, j’investis la capacité de la photographie à altérer le regard et à tromper l’il en retouchant des images érotiques préexistantes. Ma série la plus récente, Drape (Tenture), recycle par exemple d’anciennes photographies de pin-up. Sur ces clichés, elles posent dans des décors domestiques devant des rideaux ou des tentures, dévoilant un pan de leur intimité. Dans mes versions de ces images, les rideaux sont déployés au point de voiler en partie ces femmes. L’arrière-plan enveloppe le point de focale et le premier plan bascule vers l’arrière-plan. Le rideau fait aussi bien office de voile de strip-teaseuse que de paravent ou d’écran, ce qui renforce son rôle de barrière entre le public et le privé. L’image obtenue ne cherche en rien à sembler « réelle ». Elle rejoint plutôt une esthétique du collage, du couper-coller, dont la référence ultime est l’acte de la photographie lui-même. Dans la série pornography/forest_pics, initiée en 2004 et toujours en cours, notre regard est là aussi décentré vers la partie négligée de l’image. Pour construire ces photographies, je cherche sur Internet des images pornographiques ayant pour décor la forêt. Les corps sont systématiquement effacés par un procédé numérique, en copiant et en dupliquant le paysage environnant, ce qui crée des cicatrices visibles dans l’image. Une fois « l’action » supprimée, ces photographies évoquent des clichés de la police scientifique, comme s’il s’agissait de scènes de crime. Le décor forestier ajoute à cette ambiguïté, à la fois lieu de beauté et de danger, d’obscurité et de clairières – un espace lui aussi ambivalent, public et privé. Une fois de plus, la curiosité et le désir inhérents à l’acte de regarder, ou de photographier, sont détournés à travers une série d’élisions, de filtres ou d’écrans.


Eva Stenram


www.evastenram.co.uk

Eva Stenram

Née en 1976 à Stockholm.

Vit et travaille à Londres.


Eva Stenram a étudié à la Slade School of Fine Art et au Royal College of Art à Londres. La manipulation des images lui permet d’explorer la photographie en tant que réceptacle de fluctuations, d’instabilité et de mutations. Outre ses propres créations photographiques, Stenram intègre souvent des images récupérées à son travail, de manière à détourner les codes des genres photographiques usuels. Elle a ainsi abordé des sujets aussi divers que la pornographie, la vidéosurveillance, le reportage, les images de la NASA et les albums de famille. Elle a participé à des expositions dans le monde entier, et notamment au V&A Museum, au Zendai Museum of Modern Art (Chine), au Museum of Contemporary Art Taipei (Taïwan), au Seoul Museum of Art (Corée du Sud) et au Bhau Daji Lad Mumbai City Museum (Inde). Son travail a été publié dans plusieurs revues, dont Architectural Review, Blueprint, Source, Succour et The New Statesman.

Atelier de Mécanique

> 23 septembre

10h - 20h

11 €


> billetterie