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Nelli Palomäki - Baawo à 30 ans, 2011.

Nelli Palomäki

AS TIME CONSUMES US *

L’expression « à travers le regard d’un autre » nous rappelle que l’image que nous avons de nous-mêmes n’est pas absolue, ou fidèle. À bien des égards, le miroir ment davantage qu’une photographie. Nous apprenons à nous voir de manière tellement restrictive qu’aucune image ne parvient jamais à nous satisfaire. À mesure que le temps ronge nos visages et ceux de nos proches, nous commençons à feuilleter l’album de notre passé. Aussi belle ou poignante qu’une image puisse être, aussi forte soit-elle émotionnellement, la sensation que nous recherchons demeure intangible et fugace. Nous ne parviendrons jamais à appréhender pleinement ni à recréer ce moment ; il est mort-né. Tristement, le portrait n’est que l’ombre de notre rencontre, un éclat de temps que nous passons ensemble. Chaque portrait que j’ai pu réaliser est aussi une photographie de moi. Ce que je décide de voir, ou plutôt mon rapport aux choses que je vois, détermine irrémédiablement l’image finale. Mais au-delà, c’est l’intensité du moment partagé avec le sujet qui domine le portrait. Nous nous tenons là, le visage grave, respirant le même air lourd, nos singularités se détachant avec une acuité jamais égalée. L’un est aveugle, dans l’impossibilité de contrôler son apparence, tandis que l’autre tente désespérément d’atteindre l’instant décisif. La complexité du portrait, son piège le plus retors, réside toujours dans les relations de pouvoir. Ce que je désire trouver et dévoiler pourrait bien être le secret du sujet. Des secrets enfin révélés à tous, comme s’ils étaient miens. Un portrait est éternel. C’est une manière désespérée de rester en contact avec des individus qui, même lorsqu’ils me sont inconnus, me demeurent ainsi familiers. C’est ma manière de conserver un condensé de cette personne, de l’embaumer. À travers son portrait, je construis une relation avec mon sujet. Je porte son souvenir en moi, intimement lié à cette photographie. Je scrute leurs visages en secret. C’est ainsi que je me les rappelle. Je me demande s’ils se souviennent de moi. Tandis que le temps nous consume lentement, je conserve ces images d’eux, qui sont l’unique instance de la connaissance que j’ai de leur personne. Et de ce sentiment pénétrant : je les ai rencontrés, ils vont mourir et je vais mourir aussi.


Nelli Palomäki


* As Time Consumes Us : à mesure que le temps nous consume


www.nellipalomaki.com

Cecilia Sandblom - Nelli Palomäki.


Nelli Palomäki

Née en 1981 à Forssa, Finlande.

Vit et travaille à Isnäs, Finlande.


Nelli Palomäki à étudié au London College of Communication (master en photographie, Victor Fellowship Grant), à l’Aalto University School of Art and Design à Helsinki (master en photographie) et à l’Arts Academy de la Turku University of Applied Sciences (licence en photographie). Elle a participé à des expositions individuelles et de groupe à l’Aperture Gallery et à la Bruce Silverstein Gallery à New York, au Kulturhuset à Stockholm, à la Purdy Hicks Gallery et à Next Level Projects à Londres, au Helsinki City Art Museum, à l’Hasselblad Center à Göteborg, à la biennale de photographie de Daegu en Corée du Sud, au National Museum of Photography à Copenhague et à Paris Photo en 2009 et 2011. En 2010, elle s’est classée au second rang pour le Sony World Photography Awards, dans la catégorie portrait. La même année, la Hasselblad Foundation lui a remis une Victor Fellowship Grant pour poursuivre ses études à Londres. Elle fait partie des jeunes artistes émergents du projet reGeneration2 et est représentée par la Gallery TAIK (Berlin).


Atelier de Mécanique

> 23 septembre

10h - 20h

11 €


> billetterie