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Osamu James Nakagawa - Gama #001, série Banta, 2009.

Avec l'aimable autorisation de sepia EYE, New York, de Photo Gallery International, Tokyo et de la galerie Pictura, Bloomington, Indiana.

Osamu James Nakagawa

FALAISES DE BANTA ET GROTTES DE GAMA

À Okinawa, les falaises abruptes qui se déversent dans l’océan, à des centaines de mètres plus bas, sont appelées banta. Depuis des années, je me remémore le moment où je me suis tenu en haut de ces falaises pour la première fois – un souvenir d’une beauté intense, celle de l’étendue sans fin du bleu des eaux et du ciel, rendue plus vive encore par la hauteur redoutable, et le lourd passé de ces falaises qui me venait à l’esprit dès que je regardais en contrebas. Ce souvenir m’a poussé à revenir et à descendre ces mêmes falaises. Debout, à leurs pieds pour la première fois, j’ai senti leurs poids si puissamment sur mon corps que j’ai d’abord été incapable d’en prendre la moindre photographie. Je suis retourné à mon atelier après six mois de recherches et d’exploration dans le Sud du Pacifique, avec des milliers d’images de ces falaises à reconstituer en un ensemble. Tandis que je redonnais forme à ces images numériques premières, les falaises devenaient une métaphore de l’histoire d’Okinawa et, en même temps, de par leurs manipulations numériques, des visions hyper réalistes de mon expérience, entre peur et beauté, sur les banta d’Okinawa.

Du haut des falaises banta, les mabui – esprits des morts de la terre –, me menèrent au fond des grottes gama. Il s’agit du sanctuaire des esprits d’Okinawa – ses ancêtres, son histoire, sa mémoire. Enveloppé dans la pénombre, comment pouvais-je y distinguer la moindre chose ? Pourtant, au coeur de la matrice de notre planète, profondément enfouies, les conversations se poursuivent. Une torche à la main, je cherchais tout ce que je pourrais y trouver, incapable d’éclairer ce qui m’entourais. Qu’y entendais-je ? Que pouvais-je rapporter de leurs paroles ? De quelle manière ces images des profondeurs pourraient faire sens pour les autres spectateurs ? Ces questions continuaient de résonner dans mon esprit, alors que je quittais les tréfonds des grottes pour rejoindre mon atelier et donner forme aux esprits de ce lieu.

Des milliers de civils ont été poussés au suicide pendant la bataille d’Okinawa et se sont jetés du haut des abruptes falaises de l’île. Des milliers d’autres moururent dans les grottes gama, au coeur des terres – sous leurs propres coups, ceux de leurs voisins ou des militaires qui se battaient pour le contrôle de l’île.


Osamu James Nakagawa



www.osamujamesnakagawa.com

Osamu James Nakagawa

Avec l'aimable autorisation de Tomoe Murakami.


Osamu James Nakagawa

Né en 1962 à New York.

Vit et travaille à Bloomington, aux États-Unis.

Osamu James Nakagawa a grandi à Tokyo, avant de revenir vivre à Houston, au Texas, à l’âge de 15 ans. Il obtiendra par la suite un master en photographie à l’université de la ville. Ses clichés figurent notamment dans les collections du Metropolitan Museum of Art, de la George Eastman House, du Tokyo Metropolitan Museum of Photography et du Museum of Fine Arts de Houston. En 2009, Nakagawa a reçu une bourse du Guggenheim Fellowship pour soutenir son projet à Okinawa. En 2010, il a été désigné Nouveau photographe de l’année lors de la Higashikawa Photo Festa, au Japon. Nakagawa est maître de conférences en photographie à la Henry Radford Hope School of Art de l’Indiana University, à Bloomington.

Atelier de Mécanique

> 23 septembre

10h - 20h

11 €


> billetterie