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ÉDITION 2009

7 juillet - 13 septembre

40 ans de Rencontres,
40 ans de ruptures

Par François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles.


Pour célébrer 40 ans de cette fragile aventure, on rêverait de convier tous ceux qui sont généreusement venus présenter leur travail. Toutefois, il n’est pas sûr que l’entreprise nostalgique et glorifiante siée trop aux Rencontres dont l’histoire est faite de créations en cours, de photographes repoussant les limites de l’image fixe, de moments de passage incertains. Cette histoire-là n’a jamais été aussi foisonnante. Il était néanmoins tentant de réunir quelques amis qui ont permis cette aventure ; le programme 2009 repose sur deux catégories.


40 ans de Rencontres réunit les directeurs artistiques qui ont permis à cette formule de s’inventer au fil de l’eau, célèbre le talent de Robert Delpire qui accompagne tant d’artistes dans leur création et a inventé tant d’outils pour la diffuser au public et rend hommage au doyen de nos visiteurs photographes Willy Ronis qui, à 99 ans, proclame son attachement à Arles.


40 ans de ruptures expose des photographes dont le travail a créé le débat lors de leur présentation à Arles en s’éloignant des académismes de leur époque. Au premier rang d’entre eux Duane Michals qui présente une rétrospective et Nan Goldin dont la Ballad of Sexual Dependency a tant marqué les Rencontres et qui a la gentillesse d’inviter à son tour ses amis photographes. Rupture aussi avec l’exposition Without Sanctuary qui montre, à travers cette collection tragique du Center for Civic and Human Rights d’Atlanta, le chemin parcouru avec l’élection de Barack Obama depuis l’époque, pas si lointaine, où les photographes du sud des Etats-Unis éditaient des cartes postales pour se vanter du lynchage d’hommes et de femmes afro-américains.


Combien sont-ils ceux qui, en 1970, ont cru à cette aventure, quand à l’époque des stages de macramé, de poterie, de méditation, Lucien Clergue importa des États-Unis les stages de photographie. Noyautant le festival généraliste, imprégné des fêtes de la tradition arlésienne, puis forcé de créer une structure autonome, sans lieu ni réel budget, avec l’aide essentielle de Jean-Maurice Rouquette et la caution précieuse de Michel Tournier, Lucien affirme une vision. Il devine le rôle central que prend la photographie et il veut briser la solitude du photographe en créant une communauté d’échanges. Lucien aime la photographie, il aime les arts mais, plus que tout, il aime les artistes. Cette différence essentielle définit pour toujours pourquoi les Rencontres sont uniques. Dans une époque où souvent les commissaires d’exposition admirent l’uvre mais redoutent l’artiste, le mot «rencontre» enrichit celui d’«exposition».


C’est pour cela aussi que les Rencontres sont une uvre collective. Dès le début Lucien est entouré de Paul (Geniet), de deux Jean-Claude (Lemagny et Gautrand), de Jean (Dieuzaide), de Jean-Pierre (Sudre), de Denis (Brihat), puis très vite de Cornell (Capa), d’Antoine etMaryse (Cordesse), de Luc (Hoffmann), de Roger (Thérond)et les modèles de ses photos quittent la pause pour devenir un temps les vrais artisans du projet. Rapidement épaulés par Bernard (Perrine), Agnès (de Gouvion Saint-Cyr), Françoise (Riss), Serge (Gal), Yann (Le Goff), Marie-José (Justamond) qui, comme tant d’autres, font leurs débuts aux Rencontres avant de rejoindre la presse parisienne ou différentes institutions culturelles.


L’invitation de grands photographes américains attire à Arles les quelques initiés de la photographie, la force du débat et les stages feront la réputation des Rencontres. L’époque est politique, libertaire et aussi libertine, les stages de Guy le Querrec sont un happening psychologique, ceux de Jean-François Bauret se déroulent nus, comme ceux de Lucien, très prisés avec ses infinies combinaisons de trois modèles. Les maîtres de stage étrangers ne reviennent que tard des plages sauvages de Camargue, les vendeurs de la Fnac naissante assurent le soutien technique, très vite rejoints par Ilford, alors seul industriel à comprendre l’importance de ce mouvement, avant que Kodak ne trouve à Arles les réponses industrielles à l’évolution des besoins artistiques. Des combats sont menés pour le maintien de papiers de qualité, pour la création d’une école de haut niveau, l’École Nationale Supérieure de la Photographie créée à Arles en 1983 par la volonté de François Mitterrand. Mais surtout le débat est ouvert. Les anciens et les modernes s’affrontent, à l’Arlatan, à l’archevêché, dans la cour de l’école, sous un micocoulier centenaire. Le Théâtre Antique résonne encore de cette époque où l’on siffle autant que l’on applaudit, lance des tomates ou bien brûle des écrans lorsque le public renvoie à leurs études des photographes ou des réalisateurs qui les déçoivent. C’est l’entrée en scène des Christian (Caujolle), Hervé (Guibert), Claude (Nori), Jean-Jacques (Naudet), Gilles (Mora), Joan (Fontcuberta), Philippe (Salaün), Gabriel (Bauret), Alain (Dister) et de nombreux autres qui ne dédaignent pas de bousculer affectueusement les fondateurs. Alain Desvergnes arrive du Canada pour donner un début de structure avant de fonder l’école. À une époque où les institutions s’entrouvrent à une photographie noir et blanc enfin reconnue, Arles amorce un tournant à la fin des années 1980, devance le passage à la couleur, au grand format, aux installations photographiques, au vernaculaire. Puis le Méjan se joint chaque année au programme avec une photographie conceptuelle en plein essor. Les expositions prennent plus d’importance que les stages et les soirées du Théâtre Antique. Faute de lieux, il faut inventer d’autres modes de monstration. Dès 1986 avec l’Espace Van Gogh et à l’Atelier des Forges avec Olivier Etcheverry. Dans les appartements ou sous les ponts de la ville, photos accrochées mais aussi projetées, collées au mur, aperçues par un trou de serrure, la convention de l’accrochage calquée sur la peinture et le sacro-saint tirage 30 x 40 cm volent en éclats. Si les premières années sont largement marquées par la photographie américaine, Arles fait la promotion d’écoles lituanienne, catalane, chinoise, indienne, africaine et les voisins belges, italiens, suisses, espagnols s’installent régulièrement dans les programmes, le surréalisme, le conceptuel, le rock, mais aussi la Nasa trouvent à Arles un lieu où la diversité photographique s’exprime. François Barré, directeur des arts plastiques au ministère de la Culture, prend alors le taureau arlésien par les cornes et consulte sur l’avenir des Rencontres. L’étude commandée est partiellement appliquée, car il quitte ses fonctions pour devenir président du Centre Pompidou. Il en résulte quelques années de belles diversifications où des directeurs artistiques avisés élargissent la palette du champ photographique arlésien à de nouveaux territoires. François Barré témoigne sa fidélité aux Rencontres en revenant les présider, courageusement et généreusement à la demande du maire d’Arles, alors qu’elles semblaient vouées à l’abandon et à la faillite au début des années 2000 dans un désintérêt quasi général. L’avenir passe par l’accueil d’un public en croissance rapide qui séjourne plus longtemps, fait nouveau, afin de s’imprégner de la diversité des programmes proposés. L’avenir passe aussi par cette autre spécificité arlésienne, rare institution où le programme n’est pas dans les mains d’un seul directeur artistique, mais qui sollicite l’expertise de commissaires venus du monde entier pour créer à Arles des expositions produites spécialement. Grâce à la Fondation LUMA, le réaménagement du parc des Ateliers va faire franchir une étape dans la présentation des expositions notamment. À titre de préfiguration de ces activités, LUMA invite l’artiste Roni Horn à exposer un projet photographique inédit. Enfin, l’avenir passe par les activités pédagogiques comme les stages renouvelés, les colloques, débats et la rentrée scolaire en images qui est plébiscitée par le milieu enseignant. Les partenaires privés des Rencontres, SFR, la Fnac, Olympus, Hermèsrenouvellent leur fidélité malgré les temps difficiles.


Le programme 2009 est le fruit du travail d’équipes désormais stables et rodées, qui accomplissent chaque année le tour de force de livrer 60 expositions et de nombreux événements dans la plus grande économie de moyens.