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ÉDITION 2009

7 juillet - 13 septembre

Yang Yongliang - Sur l'eau calme / Eclipse, Shanghai, 2008

Yang Yongliang

présenté par CLAUDE HUDELOT

Né en 1942 en France. Vit et travaille en France après de nombreuses années à représenter la culture française au Japon et en Chine.

Journaliste, directeur artistique des Rencontres d’Arles en 1988 et 1989.


Une oeuvre très singulière vient d’apparaître en Chine. Elle prend à bras-le-corps la culture ancestrale de ce pays pour mieux la détourner et créer un nouveau monde d’illusions, une vision entre rêve et cauchemar inspirée par la peinture traditionnelle de paysages, les fameux shanshui. C’est l’oeuvre d’un jeune artiste photographe shanghaien, Yang Yongliang. Comme celui-ci le dit lui-même, il crée pour «critiquer la réalité qu’il a sous les yeux», alors même que les anciens traduisaient par leur art le sentiment profond qu’exerçait sur eux une nature qui semblait immuable. Le travail de Yang Yongliang dépasse la notion du pastiche, même si l’humour joue un rôle déterminant dans chaque image recomposée. Aux yeux d’exégètes de son pays, parmi lesquels le professeur Gu Zheng, cette oeuvre, par sa finesse, par sa texture, devient un shanshui photographique. Comme ses illustres ancêtres, il privilégie la composition pour masquer de prime abord le contenu, ce paysage chaotique fourmillant non plus d’arbres centenaires, de cascades, de pavillons, mais de pylônes électriques, de gratte-ciel, de bagnoles ! En revenant aux longs rouleaux panoramiques, en jouant sur des détails, sur des effets d’échelle, Yang Yongliang incarne effectivement un nouveau shanshui. Et le miracle s’accomplit : un «horrible charme», pour reprendre l’expression de Gu Zheng, se dégage de cette improbable reconstitution. Mieux, il suffit de reculer de quelques pas pour se laisser prendre par une vraie poésie, née des formes inspirées des anciens ou de la courbe vertigineuse de la Bourse de Shanghai. Yang Yongliang oscille lui aussi entre une réalité sublimée et une composition fictionnelle. Il s’inscrit dans cette lignée, au point de décliner avec grâce les signes distinctifs du shanshui : pics et vallées, sceaux, poèmes, nuages, pleins et vides se succédant pour mieux créer un espace-temps consubstantiel à cet art, avant de nous plonger sans crier gare dans l’enfer de ce que lui-même nomme «les villes fantômes». Car Yang Yongliang est tout sauf un artiste «rétro»: son oeuvre visionnaire s’inscrit de plain-pied dans l’art contemporain. Que ce travail se lise en outre comme un cri d’alarme, face aux effets dévastateurs d’une urbanisation et d’une industrialisation sauvage, est d’autant plus fort.


Claude Hudelot


PHANTOM LANDSCAPE (PAYSAGE FANTÔME).

J’ai nommé la première création de Phantom Landscape Eau de montagne, un élément symbolique chinois. Ce titre se réfère à deux choses, de manière littérale : d’une part la ville où je vis, de l’autre l’eau de la montagne, ce qui représente en chinois le paysage. La ville est mon lieu d’habitation, un espace qui évolue avec moi et qui renferme mes souvenirs. Un mirage ou une ville fantôme est l’environnement vers lequel je tends mais qui n’existe que dans mon imagination. L’eau de la montagne (le paysage) suggère l’imitation de l’art traditionnel de mon enfance, qui disparaît au fur et à mesure de mon évolution personnelle et de celle de la ville. La naissance du Paysage fantôme n’est pas un accident. La ville, le paysage, je les aime et les hais en même temps. Si j’aime la ville pour son côté familier, je déteste d’autant plus la rapidité stupéfiante à laquelle elle grossit et englobe l’environnement. Si j’aime l’art traditionnel chinois pour sa profondeur et son caractère inclusif, je hais son attitude rétrograde. Les anciens exprimaient leur appréciation et leurs sentiments envers la nature à travers des peintures de paysages. Pour ma part, mon propre paysage sert à critiquer la réalité telle que je la vois.


Yang Yongliang


www.yangyongliang.com

Encadrements réalisés par Circad.

Yang Yongliang

Né en 1980 en Chine.

Vit et travaille à Shangaï, Chine.


Le travail de Yang Yongliang, qui utilise la photographie comme matériau, s’intéresse à la relation entre la vie moderne et la nature. Depuis le début de sa carrière artistique en 2006, ses uvres sont abondamment collectionnées et exposées, notamment au Bates College Museum of Art (États-Unis), au British Museum et au Red Mansion Foundation (Londres), au MoCA (Shanghai) et en tant qu’artiste résidant au Gyeonggi-do Museum of Modern Art (Corée). Il participera cette année à la 2e biennale de Thessalonique (Grèce).

Yang Yongliang a passé dix ans de sa jeunesse à étudier la peinture traditionnelle chinoise et la calligraphie. Il est diplômé du China Fine Art Academy Institute, section Communication visuelle. Il vit et travaille à Shanghai et donne des cours au Shanghai Institute of Vision Art. Son travail a figuré dans le China Pingyao International Photography Festival 2007 et à Art Miami 2008.