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Arles in Black

par François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles.


Cela peut paraître un paradoxe : c’est dans un esprit de découverte que les Rencontres d’Arles proposent en 2013 un parcours radicalement noir et blanc.


Jusque dans les années 1980 la couleur est regardée avec mépris, tandis que le noir et blanc est la photographie d’art par essence.


Le lent déclin du noir et blanc débute dans les années 1990 lorsque la couleur s’installe avec son lot de progrès techniques (films et tirages argentiques) et que le marché de l’art porte un intérêt soudain à la photographie, numérotant les tirages et starifiant de jeunes photographes.


Le noir disparaît presque totalement après 2000, la couleur installant sa suprématie dans toutes les pratiques de la photographie avec l’essor du numérique.


L’effacement du noir et blanc a entraîné avec lui l’abandon de l’album de famille et de la photo peinte. Avec la couleur sont apparus des tirages plus grands, des installations, des diffusions numériques.


Le statut du photographe, qu’il soit artiste, amateur ou professionnel, sa relation au sujet, au modèle ou tout simplement à la création, sont transformés par la disparition du mystère du révélateur et de l’artisanat de la chambre noire.


Quelle place le noir et blanc occupe-t-il aujourd’hui ? Réalisme ou fiction, poésie, abstraction ou pure nostalgie ?


En décidant de consacrer radicalement l’édition à cette forme esthétique, de vraies perles se sont alors offertes à nous, des découvertes bien sûr, des créations inédites d’artistes consacrés, et des trésors du passé. Beaucoup de ces expositions sont de véritables événements, sous la forme d’installations conceptuelles, d’albums, de tirages classiques et bien sûr des exceptions en couleur.


Ceux qui ont connu l’époque de la suprématie des gris verront peut-être que la libération des genres, souvent prônée à Arles, permet un programme noir et blanc différent de ce qu’il aurait été il y a vingt ans. La réaction des jeunes générations qui n’ont pas connu ce prisme est intéressante.


La nuit de l’année 2013 permet de mieux appréhender le territoire d’Arles, la commune la plus étendue de France, en se déplaçant dans le village de Salin-de-Giraud au milieu de la Camargue. C’est un territoire au croisement de beaucoup d’enjeux sociaux, productifs, écologiques, infrastructurels, politiques et touristiques.


De territoire, il est question aussi avec l’exceptionnelle commande, passée par les Rencontres et le Market Photo Workshop (créé par David Goldblatt), à douze photographes pour photographier les traces sociales dans le paysage d’Afrique du Sud, à la demande des Saisons France-Afrique du Sud 2012 & 2013.


L’édition et le succès du jeu des Rencontres Pause Photo Prose prolonge l’extraordinaire travail réalisé par le service éducatif depuis depuis quarante-quatre ans avec les stages, depuis dix ans à travers la Rentrée en images et de nombreux autres programmes.


Les trois colloques et les nombreux débats sont l’occasion d’approfondir les différents thèmes qui traversent cette édition particulière, qui sera complétée par les initiatives de l’association du Méjan, de l’abbaye de Montmajour avec Christian Lacroix, et de la fondation Luma.


L’expérience de cette édition radicalement noire et blanche, le talent et la générosité des artistes et des commissaires, le dynamisme de l’équipe des Rencontres et le soutien des partenaires publics et privés, rendent Arles incontournable en cette année où la Provence est capitale européenne de la culture.