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Les natures mortes du magazine Vogue
L’exercice de la nature morte est apprécié des catalogues de vente par correspondance autant qu’il est redouté des grands titres de mode. Les rédactrices de mode et les couturiers encensent le corps qui viendra incarner le vêtement ou l’accessoire d’une saison. Longtemps méprisée et reléguée aux pages « produits », la nature morte, en mode, est un sujet timide qui est trop rare pour devenir d’actualité mais aussi trop précieux pour être dénaturé.
Pourtant, il est des périodes où il est un passage obligé pour les signatures, celles-là mêmes qui photographient les robes en mouvement. Jusque dans les années 1950, la nature morte qui magnifie un sac,
une chaussure raffinée ou un chapeau délicat occupe les couvertures des magazines au même titre que les visages des icônes de mode du XXe siècle.
Pendant plus de la moitié du siècle dernier, il se partage les fantaisies éditoriales des magazines quand le regard exige encore toutes les informations sur le vêtement, sous forme de comptes rendus de collections rédigés aussi importants que les reportages photographiques. Écrits et images (illustrations et photographies confondues) se partagent à part égale les sommaires détaillés que les couturières de quartier et les lectrices affûtées suivront à la lettre. Dans ce contexte presque pédagogique (!) il va de soi que le sujet-objet prévaut par rapport à l’atmosphère générale. L’accessoire ou le vêtement séparé de son corps sont des indications précieuses de mode. Détouré, il est aussi magnifié, sacralisé par les plus grands noms de la photographie de mode.
Horts P. Horst, Georges Hoyningen-Huene, Napo, Guy Bourdin, William Klein, Erwin Blumenfeld, Henry Clarke mais aussi Erwan Frotin, Daniel Jouanneau, Thomas Lagrange, pour ne citer qu’eux, ont ponctuellement répondu à la commande qui fait du vêtement un sublime naufragé.
Une sélection depuis les années 1920 jusqu’à nos jours des plus belles natures mortes dans Vogue rappelle avec préciosité et rareté que les vêtements et les accessoires sont faits pour être portés, mais qu’ils n’échappent pas pour autant à leur destin de nous attendre. Rouge à lèvres totem, pinceau pour les yeux sacré, étalage relique, ces accessoires sanctifiés ne cachent pas les intentions commerciales d’une société qui a élevé le produit au rang d’œuvre d’art.
Olivier Saillard, commissaire de l’exposition.
Exposition conçue et réalisée en collaboration avec le magazine Vogue, à partir des archives de 1920 à nos jours.
Tirages réalisés par le laboratoire Picto.
Exposition présentée dans l’église des Trinitaires.
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Sabine Weiss
Vogue Paris, Juin 2007
© Thomas Lagrange