La profession de photo-journaliste connait un bouleversement profond depuis 15 ans. La prise de vue alliée à la diffusion numérique des photos a permis à trois grandes agences, Reuters, Agence France Presse, Associated Press d’assurer leur suprématie grace à un réseau de centaines de correspondants dans le monde. Cette délocalisation, associée à un dumping sur les prix de vente, a été le début du déclin des agences, notamment françaises, créées à la fin des années 60 dont les plus emblématiques étaient Gamma, Sygma, Sipa. Leurs photographes ont subi de plein fouet cette transformation du marché, suivie rapidement de la réduction drastique des budgets des rédactions, notamment pour les sous traitants que sont les agences, puis le phénomène d’internet qui propose des photographies d’amateurs, ravis d’être les reporters d’un jour. Dans ce climat de fin d’une époque dorée, il nous a semblé intéressant de faire dialoguer deux agences qui se sont paradoxalement développées dans les années 2000 : VII (prononcer seven) basée à Brooklyn / New York, et Tendance Floue à Montreuil dans la banlieue parisienne. Toutes deux ont été créées et sont autogérées par des photographes. Elles proposent deux approches très différentes de leur métier.
François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles
À priori, tout oppose VII et Tendance Floue. D’un côté, un groupe de photojournalistes reconnu, mobilisé sur les événements qui font l’actualité ou sur des enjeux aux dimensions planétaires. Ils sont en « assignment » (commande) pour les plus grands magazines. VII est une référence. Ses photographes sont « au cul de l’actualité ».
De l’autre, des individus qui questionnent le monde dans un laboratoire de création photographique atypique. Tendance Floue est une mise en commun des énergies où le photographe s’efface pour le groupe. Expériences collectives mises en images sous différentes formes, qui deviennent une pensée utopique du monde. Tendance Floue se vit « au cul du présent ». Cette confrontation photographique d’un soir à l’occasion de nos anniver saires respectifs ne cherche pas à révéler un « best of » des productions photographiques ou ce qui devrait opposer ces deux structures de photographes. Nous croyons au contraire que nos champs d’expériences ont été motivés par les mêmes interrogations. Avant tout nos images sont là pour questionner, regarder le monde à travers ces enjeux essentiels qui font que nous écrivons en images une idée « politique » de ce que nous croyons être le monde. Subjectivité essentielle de la photographie qui n’est pas là pour apporter des preuves mais plutôt pour donner à penser ou à douter.
VII et Tendance Floue
Projection réalisée par Coïncidence.