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Zanele Muholi - Mbali Zulu, KwaThema, Printemps, Johannesbourg, 2010.

Zanele Muholi

SO THEY HAVE EYES TO SEE *


Mon travail est une exploration qui vise à créer / tracer les contours / protéger l’histoire visuelle des lesbiennes et queer noir-africains (LGBTI : lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexes) après l’Apartheid, en Afrique du Sud. J’étudie la façon dont les activistes – socialement, culturellement, politiquement et économiquement marginalisés - peuvent utiliser les images pour créer des espaces de résistances et développer leur regard critique.

Cet ensemble de photographies comprend quatre séries produites sur plusieurs années, dans différents townships sud-africains et leurs banlieues. Dans Beulahs et Transfigures, on retrouve Ms D’vine (2007), Martin Machapa (2007), Christina Mavuma & Tinky (2010). Ces deux séries créent une distinction rapide entre l’orientation sexuelle et la façon dont le genre s’exprime. Elles explicitent la manière dont, chez les transsexuels, le corps doit réclamer son propre espace et exprimer sa propre perception du genre, au sein des homos queer comme des sphères hétéro sexistes, car elles ont tendance à exclure les T et les I de l’acronyme LGBTI.

Dans la série Faces & Phases (Visages et phases), réalisée entre 2007 et aujourd’hui, j’essaie de montrer, au travers de portraits, les valeurs esthétiques montantes au sein des groupes lesbiens noirs sud-africains. Il n’existe que peu d’images positives de nous dans les archives féministes ou queer. Faces évoquent les personnes et Phases symbolise la transition entre un premier stade de la sexualité et de l’expression du genre vers un second. Dans Faces & Phases, je photographie plusieurs personnes qui ont eu à subir des attaques lesbiano-phobiques. L’une des expériences les plus douloureuses auxquelles notre communauté fait face est la perte de certains de nos amis ou de nos connaissances – victimes de la haine et la discrimination de certains –, aujourd’hui malades ou décédés.

L’homophobie / la queerphobie / la transphobie / la xénophobie et les crimes de ce type ont rendu notre parole inaudible. Dans Isilumo Siyaluma (2006-12), j’ai voulu insister sur la recrudescence de crimes en Afrique du Sud – ‘viols à vertue curative’ comme meurtres violents –, rappelant que de nombreux noirs, lesbiennes, gay ou trans vivent dans les townships. Dans ces séries, j’ai dessiné des motifs avec mon sang menstruel pour exprimer la peur ressentie et les meurtres commis sur mes amis, connaissances, amants, et compagnons de militantisme, tous perpétrés de sang-froid.


Zanele Muholi


* So they have eyes to see : ils ont des yeux pour voir


www.zanelemuholi.com

Zanele Muholi

Avec l'aimable autorisation de l'artiste.


Zanele Muholi

Née en 1972 à Umlazi, Durban, Afrique du Sud.

Vit et travaille au Cap.


Concernée par les droits des femmes noires lesbiennes en Afrique du Sud, Muholi est un membre actif de la communauté LGBTI. En 2002, elle a cofondé le Forum for the Empowerment of Women (FEW), une organisation basée à Gauteng qui se consacre à l’accueil des femmes noires lesbiennes. Muholi a suivi un cours au Market Photo Workshop en 2003. Puis, dans le cadre de son master en médias documentaires à l’université Ryerson de Toronto, elle a rédigé une thèse qui retrace l’histoire visuelle de l’identité et de la politique relatives aux femmes noires lesbiennes dans l’Afrique du Sud de l’après-apartheid entre 2007 et 2009. Elle a ensuite reçu une mention Fanny Ann Eddy du IRN-Afrique pour sa contribution à l’étude et à la défense des sexualités en Afrique. Elle est aussi lauréate du prix des Rencontres de Bamako, Casa Africa, récompensant la meilleure photographe féminine en Afrique. Son travail a fait l’objet de deux monographies : Only Half the Picture (2006) et Faces & Phases (2010).

Atelier de Mécanique

> 23 September

10 am to 8 pm

11 €


> ticketing