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École Nationale Supérieure de la Photographie d'Arles

UNE ATTENTION PARTICULIÈRE, PROMOTION 2011

Voici les oeuvres naissantes de trois jeunes artistes, Oscar Dumas, Julie Fischer et Pierre Toussaint, qui proposent au regard des écritures singulières et qui partagent cet intérêt commun d’aller toujours au-delà de ce qui est donné à voir en dévoilant une sensibilité d’auteur. Le travail d’Oscar Dumas évoque des « scènes touristiques ». Il ne s’agit pas ici de faire un reportage sur les aspects stéréotypés ou anecdotiques du tourisme mais de se servir des situations touristiques comme d’un paroxysme de notre relation au réel médiatisé par l’image, modifiant ainsi notre système de représentation et esthétisant notre regard porté sur le monde. Il s’agit de voir le réel comme une sphère du symbolique dont les signes sont des structures de significations renvoyant à d’autres images. Avec Les Passeurs, Julie Fischer, explore le surgissement et la disparition des êtres au sein d’environnements étranges et inhospitaliers tels que les déserts gelés. Photographier relève pour elle du désir de regarder en face, et dans une proximité telle qu’elle confine au toucher, les traces de ce qui demeure informe, indicible. La série Métronome de Pierre Toussaint est faite de rencontres instantanées dans la ville, entre des corps et un appareil photographique. Le geste est contrôlé mais laisse place aux hasards qui vont ordonner à leur manière. La surprise survient dans la communication formelle et primitive des corps avec la toile urbaine. Fragments expressifs d’une nature humaine, anonyme, enracinée, en passe de devenir des « événements visuels authentiques ». À la veille de leurs diplômes, ces trois étudiants ont été sélectionnés par un jury constitué de François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles, Géraldine Lay, photographe et responsable de la production aux éditions Actes Sud et Bertrand Mazeirat, chef d’établissement du Domaine du Château d’Avignon.


www.enp-arles.com


ELLIPSE

L’ellipse est une figure de style qui consiste à omettre un ou plusieurs éléments, en principe nécessaires à la compréhension ; elle oblige donc le récepteur à rétablir mentalement ce que l’auteur passe sous silence. Quand l’art se fait discours, les oeuvres de Sophie Ristelhueber et de Willie Doherty se situent dans la forme discursive de l’ellipse, ils partagent cette stratégie de l’invisibilité, de l’absence, du silence car ils donnent à penser plus qu’à voir. L’oeuvre de Sophie Ristelhueber poursuit une réflexion sur le territoire et son histoire, au travers d’une approche singulière des ruines et des traces laissées par l’homme dans des lieux imprégnés par la guerre. Dans son premier livre, Beyrouth, photographies (1984), Sophie Ristelhueber montre la trace physique de la guerre dans les plaies de la matière, immeubles éventrés, broyés, marqués d’impacts de balles ; les images oscillent entre splendeur et décadence. La série Fait alterne vues aériennes et vues au sol du désert koweïtien avec une perte totale de repères et d’échelle. L’artiste arrive au Koweït en octobre 1991, soit sept mois après la fin de la guerre, elle photographie les blessures qui seront bientôt balayées par le vent. Comme à Beyrouth, c’est par l’absence pesante de la vie qu’elle en affirme la présence. Dead Set (2001) dévoile des vestiges de colonnades romaines et des logements sociaux désertés en Syrie. Cette série montre la vie arrêtée, l’inaccompli les chantiers modernes saisis par le silence rejoignent les colonnades antiques : « je photographie des choses vraies qui ne sont déjà plus », peut-on lire dans le texte de Rainer Michael Mason, issu du livre de Sophie Ristelhueber, Opérations, publié aux Éditions les presses du réel, 2009. Willie Doherty construit des images emblématiques liées à l’actualité politique du terrorisme d’Irlande du Nord. L’artiste a articulé l’ensemble de son oeuvre autour du conflit et de ses modalités de représentation, mobilisant photographies, vidéos et projections audiovisuelles. Son travail cherche les lieux déserts, des lieux faisant traces, exprimant une perte d’identité, une absence de l’autre. Partout, la trace plus ou moins forte d’une violence qui a eu lieu et dont la photographie actualise le souvenir et exerce un devoir de mémoire. Les procédés de distanciation, qu’il utilise comme la confrontation du texte et de l’image, détruisent et imitent à la fois les techniques du reportage et les clichés du réalisme social. Comment témoigner et faire oeuvre sans jamais recourir à l’événement ? Ces deux artistes questionnent et répondent, chacun à leur manière avec talent, à la difficile dialectique qui existe entre l’art et le politique.


Exposition organisée par l’École Nationale Supérieure de la Photographie à partir des collections des FRAC Alsace, FRAC Lorraine, FRAC Champagne-Ardenne et FRAC Basse-Normandie.

Église Saint-Blaise

4 juillet - 20 août


10:00 - 19:00


5 euros

Galerie Arena

4 juillet - 28 août


10:00 - 13:00 / 14:00 - 19:00


Entrée libre