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Michel Bouvet - Affiche du Festival 2010

Michel Bouvet

LES RENCONTRES D’ARLES

Quel légume, quel animal ? Mais quel est le sens ? Les affiches dessinées par Michel Bouvet pour les Rencontres d’Arles suscitent chaque année de nombreuses questions auxquelles nous sommes incapables de répondre. Lorsqu’il fallait relancer les Rencontres en 2002, nous avions initié une consultation de grands cabinets de graphistes en vue de « pimenter » le message. Michel Bouvet nous ayant pris au mot il fut retenu. Mais dès la première année la confusion s’installe. Au lieu d’un piment, certains devinent un poivron, une carotte, les chauffeurs de taxi d’Arles me demandent quel est ce pain de maïs sur les arrêts de bus Bref, ce qui allait tourner à l’échec total du message s’est avéré un formidable stimulant pour le dialogue et le bouche à oreille. Nous avons alors décidé de nous enfoncer dans l’absurde. En quelques années nous sommes passés du verger au zoo, mais la méthode de Michel Bouvet reste la même. Nous avons besoin de l’affiche à l’automne précédant une édition, alors que le programme est loin d’être complet. Or, Michel Bouvet insiste pour ne dessiner qu’en connaissance du programme. Cela crée chaque année un jeu de poker menteur très sympathique où nous racontons un programme imaginaire à notre affichiste préféré, qui lui-même revient avec une vingtaine de très jolis dessins au crayon de couleur, qui n’ont rien à voir ni entre eux, ni avec le programme le plus imaginaire. C’est alors un rituel de l’équipe de choisir autour du président des Rencontres quel sera le visuel de l’année. Hypocritement, un peu pour nous rassurer mais alors que notre opinion est déjà faite, nous demandons toujours « l’opinion de l’atelier Michel Bouvet ». La réponse est toujours évasive et déculpabilisante. Néanmoins, frustrés de rejeter chaque année tant de dessins qui nous ont fait hésiter, nous souhaitions, à l’occasion des dix ans de la nouvelle formule, partager avec le public l’ensemble des propositions et le processus de création de l’affiche, qui est déclinée du catalogue aux mugs, voire en trois dimensions par nos amis de Gares & Connexions, ce sont les mascottes des Rencontres d’Arles.


François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles.


Exposition réalisée avec le soutien de Gares & Connexions.

Entoilage réalisé par Robin Tourenne, Paris.

Encadrements réalisés par Circad, Paris


LES AFFICHES CULTURELLES

Michel Bouvet est l’un des créateurs d’affiches les plus célèbres, tant en France qu’à l’étranger. Artiste animé d’un grand humanisme, il est sorti de l’École Nationale des Beaux-Arts en 1978. Une affiche illustrée – excluons les affiches publicitaires à caractère commercial – est destinée à des publics, celui de la rue, celui des milieux culturels, celui des connaisseurs avertis. L’affiche de théâtre, d’opéra, ou de centre culturel oblige son auteur à un dialogue nourri avec le commanditaire. L’auteur de la pièce, le metteur en scène, le directeur culturel, doivent être interrogés afin de dégager les particularités de l’oeuvre, du style, du sens. Décortiquer Shakespeare, Jean Genet, Tchekhov pour les aborder avec respect est un travail, une nécessité que Michel Bouvet mène très consciencieusement. Il doit interpréter la pièce, la traduire iconographiquement et synthétiquement, selon des critères rigoureux établis comme étant sa marque, sa signature. L’affiche de Michel Bouvet, par la force de son propre langage, véhicule des informations précieuses. Elle capte notre regard, nous oblige à comprendre tout en nous interrogeant sur les représentations, graphiques ou photographiques, savamment composées. Si la création commence pour lui par le dessin, elle peut impliquer la prise de vue (par des artistes photographes comme Francis Laharrague) et exiger parfois la création d’un objet. Tel celui créé pour l’Hamlet de Shakespeare, une lettre « H » façonnée dans le métal en trois dimensions, crénelée et photographiée. Le style de Michel Bouvet se définit en premier lieu par le bord noir, les formes cernées d’un trait. La couleur, en aplat, souvent primaire, est isolée, contenue par le trait. L’analyse et la décomposition mécanique, scientifique même, marquées d’une lucidité froide, pourraient faire de l’art de Michel Bouvet un art impersonnel. Mais il veut être à la portée de chacun, laissant la liberté d’interpréter selon des critères définis : c’est en cela que l’art populaire ou « Pop Art » a été défini dans les années 1960-1970. Le public, dans sa découverte de l’affiche, doit être surpris et informé. pour le retenir, Michel Bouvet fait de cet art éphémère un exercice de synthèse graphique, visuelle et intellectuelle. La création de Michel Bouvet a pour exigence l’universalité : ses symboles créés, ses objets détournés forcent le regard, suscitent des réactions. Le succès d’un spectacle, d’un festival, tient aussi à l’identification que les participants lui associent. Une certaine complicité doit pouvoir naître entre le communicant et le public. Michel Bouvet, en tant qu’enseignant passionné, excelle dans l’art de guider, de transmettre ; en tant qu’artiste affichiste spécialisé dans le culturel, il sait exalter le message et enthousiasmer le spectateur par son art de la métaphore visuelle.

Marie-Pascale Prévost-Bault, Conservateur en chef des musées départementaux de la Somme.


Extrait du catalogue de l’exposition « Michel Bouvet, affichiste » au Musée Départemental de l’Abbaye de Saint-Riquier Baie de Somme du 25 juin au 22 octobre 2011.


Entoilage réalisé par Robin Tourenne, Paris.

Michel Bouvet

Diplômé de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (section peinture), il s’est tourné très tôt vers l’affiche. Son activité d’affichiste et de graphiste s’exerce essentiellement dans le domaine culturel (théâtre, opéra, musique, danse, musées, festivals), institutionnel (collectivités locales, institutions publiques) ainsi que dans l’édition. C’est à ce titre qu’il a réalisé plus de soixante-dix expositions personnelles dans une trentaine de pays à travers le monde. Il a reçu de nombreuses récompenses dans la plupart des grandes biennales internationales d’affiches (Pologne, Finlande, République Tchèque, USA, Chine, Japon, Russie, Taïwan...) où, d’autre part, il a été invité à siéger, à plusieurs reprises, en qualité de membre de jury. En France, le Grand Prix de l’Affiche Culturelle lui a été décerné à la Bibliothèque nationale de France en 1987 et en 1992. Il est professeur à l’ESAG/Penninghen, membre de l’Alliance Graphique Internationale et commissaire d’exposition pour le Mois du graphisme d’Échirolles.

Abbaye de Montmajour

6 juillet - 18 septembre


10:00 - 18:30

Atelier de Maintenance

4 juillet - 18 septembre


10:00 - 19:00


5 euros