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Dégage
collectif de photographes tunisiens

Un jeune tunisien de 22 ans, bachelier, sans emploi depuis la fin de sa scolarisation, excédé par l’indifférence, l’humiliation, l’injustice et la pauvreté qui l’entouraient, décida de s’immoler par le feu devant la municipalité de Sidi Bouzid, bourgade d’une zone défavorisée du centre-est de la Tunisie , il mourut des suites de ses blessures en décembre 2010 et ses funérailles rassemblèrent des milliers de personnes.

Toute la Tunisie fut bouleversée par son martyre et le nom de Mohamed Tarak Bouazizi devint en vingt-quatre heures un cri de guerre pour des millions de jeunes tunisiens prêts à mourir, portés par un sentiment d’exaltation incontrôlable et par une volonté inébranlable de se débarrasser d’un système politique dictatorial , obscur et mafieux.

Sans réfléchir et sans préparation, ils se rassemblèrent dans toutes les rues et places de toutes les villes de Tunisie , des dizaines de milliers de jeunes, filles et garçons, scandèrent dans un mouvement d’hystérie collective le désormais célébrissime « Dégage ! » adressé au président Ben Ali et à tout ce qu’il symbolisait de brutal et d’arrogant dans sa politique d’asservissement de tout un pays.

Des milliers de jeunes sans défense, sans aucune habitude de la lutte, sans autres armes que leur courage et leur colère déferlèrent sur Tunis et sa banlieue. Le régime en place, dépassé par l’audace de ces jeunes, demanda à la police spéciale de tirer sur la foule pour la terroriser. Chaque blessé, chaque mort, était une nouvelle preuve de la brutalité mais aussi de la médiocrité, de l’indifférence et, en fin de compte, de la faiblesse du gouvernement de Ben Ali. Il fallait en finir et désormais plus rien ne pouvait arrêter les foules courageuses prêtes au sacrifice ultime.

Les photographes comprirent très vite le rôle essentiel qu’ils pouvaient avoir dans cette révolution, leurs appareils devinrent une arme redoutable, leurs photos insoutenables sur la brutalité des brigades spéciales de Ben Ali commencèrent à circuler sur les réseaux sociaux du monde entier, très vite relayés par les chaines de télévision étrangères. L’armée appelée en renfort par la président refusa de tirer sur les foules.

En moins de trois semaines Ben Ali quittait la Tunisie, chassé de son trône, grâce au courage exceptionnel de la jeunesse tunisienne et grâce à Facebook.

Cette sélection de photos témoigne des moments les plus intenses de cette révolution, la première dans un pays arabe, celle qui déclenchera des mouvements similaires dans les pays frères et voisins et qui est en train de bouleverser le paysage politique et les sociétés des nations arabo-musulmanes.


Leila Souissi, commissaire d’exposition