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ÉDITION 2007

3 juillet - 16 septembre

Mark Lewis - Algonquin Park, Septembre 2001,

Jeff Wall / Mark Lewis

REGARDER

Jeff Wall n’est pas un adepte de l’instantané photographique. Sa manière de travailler n’en intègre pas moins le temps mais dans une version dilatée. Les tableaux photographiques qu’il réalise sont en effet des constructions lentement et minutieusement élaborés qui peuvent être vues comme des références à la grande peinture figurative mais tout aussi bien comme des photogrammes issus d’un film dont le metteur en scène, comme il arrive parfois, accorderait au cadre et à la photographie une importance extrême. Dès les premiers moments de son uvre, Jeff Wall s’est posé non seulement des questions de forme mais également une série d’autres touchant à sa relation au paysage et au territoire ainsi qu’à la présence physique de celui qui produit d’eux une image photographique.

« The old prison » de 1987 est une image lumineuse, une photographie en couleurs se distinguant des photographies traditionnelles par sa présentation sur de grands supports transparents – « Transparencies » – montés dans des cadres d’aluminium et rétro-éclairés. « The old prison » est une vue panoramique très étendue, d’un vaste territoire. Dans cette photographie prise à partir d’un point élevé, une infinité de détails et d’informations est lisible ; cependant, le paysage qui se déploie à perte de vue devant le regardeur, demeure comme une étendue insaisissable.


Mark Lewis, auteur d’une importante uvre photographique, réalise également depuis les années 1990 des films qu’il rassemble sous l’intitulé « cinema in parts ». Loin de tout récit, sans intention narrative déclarée, ses moments filmés se présentent comme des suites d’images très soigneusement composées dont le lent travelling se déroule dans le silence le plus complet. Chez lui aussi la référence à la peinture et à sa transposition photographique fait partie des enjeux et, selon une manière de procéder présentant des points communs avec celle de Jeff Wall, avant de filmer, il délimite et choisit très soigneusement le territoire de ses opérations et prépare minutieusement sa prise de vue, calculant avec une extrême précision le mouvement de la caméra, le déroulement du panoramique, les angles, les distances et la mise au point. Il produit ainsi des films en 35 millimètres qu’il transpose ensuite au format vidéo.

Algonquin Park - Septembre, 2001, consiste pour l’essentiel en un plan fixe sur un lac situé dans l’État de l’Ontario, au Canada. On y voit une île qui apparaît seulement lorsque la brume se lève. La caméra ne bouge pas, on n’entend pas un seul son, rien n’est animé sinon la brume qui va et vient lentement. Cette quasi-immobilité oblige le regard et tous les sens à une sorte de qui-vive en même temps qu’elle les retient dans un suspens ouvert sur la beauté.


Dans l’un comme dans l’autre cas, par la médiation d’images fixes et animées, les deux artistes semblent nous inciter, d’abord et avant tout, à prendre le temps de regarder.



Commissaires : Laetitia Talbot et Muriel Toulemonde



Exposition organisée en collaboration avec l’École Nationale de la Photographie, Arles.

Mark Lewis

Né a Hamilton, au Canada, en 1957.


Il vit et travaille a Londres où il a d’abord suivi une formation artistique auprès de Victor Burgin. Après des travaux photographiques de nature documentaire, pour lesquels sa pratique s’accompagne d’une abondante production théorique, il s’intéresse à un champ entremêlant délibérément l’Histoire de l’art et l’interrogation politique. Depuis le milieu des années 90, il a décidé, de se consacrer au cinéma. En 1995 « Cinema in parts", que l’on peut traduire Cinéma en morceaux, remet en cause le principe d’unité narrative et idéologique au service duquel le cinéma a toujours été employé. Les films produits par Mark Lewis sont destinés à des lieux dédiés à l’art : galeries, musées, expositions. Mis en boucle la plupart du temps et projetés au mur, ces films doivent être regardés à la manière de tableaux mobiles pendant la projection desquels le spectateur est toujours libre de quitter la salle. Algonquin Park a été filmé en septembre 2001 ; il s’agit d’ un plan, et d’un seul, sur un lac embrunmé.

Mark Lewis est représenté en France par la galerie cent8.

Jeff Wall

Jeff Wall est né en 1946 à Vancouver au Canada et il a étudié l'histoire de l'Art à l’Université de cette ville.

En 1969 -70, il réalise un recueil de photographies intitulé Landscape Manual, composé de photographies noir et blanc prises à travers le pare-brise d’une voiture.

En 1973, après ses études d’art, il rédige une thèse se rapportant au mouvement dada, au photomontage et au cinéma. Au cours de ces mêmes années, il se consacre à l’écriture de scénarios et à la vidéo.

En 1976, il réalise ses premières photographies couleurs et c’est à cette époque qu’il découvre, à Madrid, la peinture de Vélasquez.

A partir de 1978, il amorce la longue série de ses « Transparencies », photographies tirées sur film transparent. Il réalise notamment « Picture for a Women » , inspirée du tableau de Manet, « Un bar aux Folies Bergère ».

Entre 1984 et 1987, Il réalise des photographies de paysages sur film transparent en format panoramique.

Entre 1987 et 1999, il est Professeur à l’Université de Vancouver et à partir de 1991, il a recours au montage numérique. En 1994 il réalise « Odradek, Taboritska 8 », la première de ses photographies inspirées par une uvre littéraire, « Le souci du père de famille » de Kafka.

Jeff Wall est représenté en France par la Galerie Marian Goodman.