Est-il possible d’aimer son propre portrait en photographie ? Pourquoi un homme ou une femme d’état échapperait à cet adage ? Les comédiens, les mannequins, qui couvrent les pages des magazines people, défient cette règle puisqu’ils ont fait profession d’exposer d’abord leur physique. Mais l’homme politique fait avant tout la promotion de sa pensée, et celle-ci ne semble pas faire beaucoup de place à la palette de l’art photographique.
Le développement de la photographie puis de la télévision, l’ont contraint à une capture « directe » de son image. Les personnalités politiques maîtrisent généralement mal cet exercice et le craint farouchement.
Pourtant il est trois moments où le candidat à l’élection ne peut se soustraire à la photographie : l’affiche de campagne électorale censée véhiculer un message synthétique, l’apparition publique où les reporters photographes cherchent un geste significatif, et, dans le cas de l’élection à la présidence, la photographie officielle.
En France, le portrait du président de la République est la photographie la plus répandue. Elle est dans toutes les écoles, collèges, lycées, mairies, commissariats pendant 5 ans, voire plus en cas de renouvellement du mandat. Cet usage, qui frôle le culte de la personnalité, se perpétue alors même qu’aucune loi n’oblige ces administrations à le faire !
Il en ressort une collection sans saveur où, de Louis Napoléon Bonaparte, concomitant de l’invention de la photographie, jusqu’à Nicolas Sarkozy, il semble n’y avoir qu’un seul photographe qui pendant 170 ans reproduit la même photographie en noir et blanc comme en couleur. L’exception vient de Jacques-Henri Lartigue et Bettina Rheims qui ont respectivement photographié Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac.
Qui a décidé que la bibliothèque était le lieu du pouvoir suprême ? Quels sont les livres sur lesquels s’appuient presque tous les présidents, sauf François Mitterrand qui les ouvre ? Quelles sont ces poses empesées, qui semblent donner une constance rarement sympathique ? Ces postures ont peu à envier aux dictateurs qui, sans doute animés des mêmes peurs, posent avec leurs lunettes de soleil. Qui a laissé ces républicains s’affubler d’autant de médailles et de soies que les monarques auxquels ils ont succédé ?
À l’occasion de l’élection présidentielle française qui s’est déroulée en 2007, nous avons regardé l’histoire de ce portrait du président et tenté un exercice d’une dimension inédite en passant commande à plus de quarante photographes.
Nous leur avons demandé de prendre l’hypothèse qu’après cette longue histoire d’hommes, le président de la République française pourrait être une femme. À l’audace de cette seule idée nous leur avons demandé d’ajouter leur propre poésie, fantaisie, ils y ont aussi affiché leurs convictions. Le résultat montre qu’il ne s’agissait pas d’une commande du Palais de l’Elysée, mais bien d’une commande d’Arles ; la vie, la tendresse, la gravité, le tempérament, la diversité et l’humour s’y retrouvent, tout ce que l’on souhaiterait que nos dirigeants reflètent. Bien que non cintrées dans des postures « académiques », toutes ces femmes ne manquent pas de caractère.
Elle n’aime pas plus la photographie, mais la couronne lui donne peut-être une assurance différente. La Reine d’Angleterre est le contre exemple de la présidence française. Les meilleurs portraitistes du royaume se sont succédé à Buckingham Palace pour tirer le portrait de Sa Majesté la reine Elisabeth II depuis sa naissance. À travers son visage et en plus de 80 ans, c’est le principe de communication photographique le plus long de l’histoire de la photographie, et sans doute l’un des usages les plus stratégiques de ce médium.
Cet exemple magistral est réuni pour la première fois à l’occasion des 60 ans de Camera Press, l’agence qui s’est créée lors de l’intronisation de la souveraine et n’a cessé d’être le principal interlocuteur de Buckingham Palace.
François Hébel