Ajax loader

ÉDITION 2007

3 juillet - 16 septembre

Privés

Reflets d’une passion pour une musique et un milieu (l’essor du jazz), plaisir d’offrir à ses hôtes un témoignage de son savoir-vivre et de son opulence (les livres-présents des Maharajahs), photographie de famille et plaisir narcissique (Umrao Singh Sher-Gill), déclaration d’amour (Loving Your Pictures), photographie comme outil de vente (ebay), ou démonstration technique (la police allemande) Les sphères du privé sont des sources inépuisables de témoignages photographiques.

Les collections présentées à Arles cette année, pour la plupart de façon inédite, relèvent aussi d’engagements privés.

Ebrahim Alkazi se passionne pour l’Inde, son art et son histoire, pays choisi par sa famille. Son soutien aux artistes est ancien, ainsi que son intérêt pour la photographie du début du xxe siècle et ses particularités indiennes. Il s’est intéressé plus tôt que d’autres au phénomène de la photographie de studio. Ebrahim Alkazi a constitué pour sa fondation une collection exceptionnelle.

Erik Kessels a choisi le sillon de la photographie vernaculaire. Il collectionne avec intuition, créativité et humour dans des directions inattendues. Sa collection oscille entre la tendresse et le tragique, lorsqu’en creux, il nous donne une autre lecture de la société contemporaine.

Les carnets Hermès de Pannonica de Knigswarter, et les boîtes où s’accumulent les Polaroïds sont un véritable trésor. Il dormait, protégé par une certitude familiale, la conviction que le familier recelait un témoignage gigantesque.

L’on sait ce que le Polaroid pouvait avoir de ludique, image immédiate permettant le partage. Rien ne pouvait mieux correspondre à la générosité de la mécène du jazz et à sa compréhension des artistes. Collection privée, de moments privés et privilégiés, alors qu’une musique universelle était en train de naître.

L’amateur moderne qu’était Umrao Singh Sher-Gil semble avoir produit un simple album de famille toute sa vie. Mais ce choix original et constant de l’autoportrait, le non académisme de nombreuses images, qui semblent dotées de plus de légèreté que n’en avait son époque, font d’Umrao Singh Sher-Gil un photographe différent de la sphère familiale. Cette volonté de magnifier sa famille et cette intention constante de produire une uvre trouveront leur aboutissement dans la célébrité de sa fille, peintre dont les toiles enorgueillissent les collections nationales indiennes.

On retrouvera ailleurs dans le programme India l’exemple d’un échange générationnel à travers les albums de famille, dans le dialogue entre Dayanita Singh et sa mère Nony.

Quand la sphère et la passion privées font leur apparition sur le terrain public, il nous est donné beaucoup d’informations sur le fonctionnement des sociétés, leur hiérarchie et leurs valeurs, et bien sûr beaucoup de plaisir à la découverte de ces artistes discrets.


François Hébel