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ÉDITION 2007

3 juillet - 16 septembre

Umrao Singh Sher-Gil - Amrita en robe de soirée avec une étole de fourrure, 1930

Umrao Singh Sher-Gil

Umrao Singh Sher-Gil se voit enfin reconnaître comme un grand nom de l’histoire de la photographie indienne. Jusqu’à récemment, sa réussite tendait à être éclipsée par l’emblématique présence de sa fille, Amrita Sher-Gil (1913-1941), l’une des figures pionnières de l’art moderne en Inde. Elle a fait ses études à l’École des Beaux-Arts de Paris de 1930 à 1934 et la renaissance du réalisme de l’entre-deux-guerres marqua son travail, tout comme l’exemple de Gauguin. Son retour en Inde fut également un voyage de redécouverte, notamment de l’art indien classique et médiéval. La révélation s’avéra décisive, puisqu’elle réorienta l’ambition de sa peinture. Les toiles qu’elle peignait à la fin des années 1930 montrent qu’elle était prête à devenir une artiste majeure, mais cette promesse ne s’accomplit pas en raison de sa mort prématurée en 1941. Elle avait 28 ans. Son talent, sa beauté, sa personnalité flamboyante, extravagante, son cosmopolitisme ont fait de Amrita Sher-Gil une sorte de légende. Sa vie et son travail furent consacrés à tenter de secouer les cadres imposés par son origine indo-européenne, son milieu aristocratique / grand bourgeois. Mais sa présence fut, dans un sens plus littéral, cadrée par l’objectif photographique. Son père, Umrao Singh Sher-Gil, était un photographe amateur de talent dont le principal sujet était sa famille : sa femme hongroise, ses deux filles, Amrita et Indira, et lui-même. Mais de fait, Umrao Singh est un personnage aussi fascinant que Amrita. C’était un nationaliste (une position qui l’avait séparé du reste de sa famille probritannique), un érudit indépendant en sanskrit et persan, si ce n’est reclus, un bricoleur 1 invétéré (il adorait la menuiserie), un observateur d’étoiles, un introverti, un dandy, et (comme le révèlent ses lettres à sa fille), un éternel pessimiste, si ce n’est un mélancolique. Ceux qui le connaissaient avaient tendance à le décrire comme un personnage excentrique quelque peu tolstoïen ; une impression donnée tant par son apparence plutôt grave et majestueuse, que par ses affinités proclamées avec les idées du maître russe. Il a prit des centaines de photographies de sa femme et de ses filles qui constituent un extraordinaire document sur la vie d’une famille indo-européenne dans la première moitié du xxe siècle. C’était un amateur, au sens propre du terme, c’est-à-dire le plus émouvant et noble : amator – celui qui aime, encore et encore. Il affectionnait aussi poser devant l’appareil, quelque fois comme un ascète fier de lui, comme dans le splendide cliché qui le montre debout vêtu d’un pagne, les bras levés, ermite ou yogi, dans l’appartement de la rue Bassano à Paris ; ou comme un bel aristocrate nonchalamment allongé sur un divan mais le plus souvent comme un homme de lettres entouré de ses ouvrages ou assis à sa table de travail, les doigts posés sur le clavier de sa Remington. Ses lettres et ses autoportraits le révèlent à la fois comme quelqu’un d’enfantin et de sage : méticuleux, singulier, absorbé en lui-même. Le bricoleur en lui coexistait avec le savant orientaliste et le passionné de gadgets modernes. Il se tenait au courant des dernières techniques de la photographie, comme l’autochrome et la stéréoscopie, et fut, en Inde, l’un des premiers à les expérimenter. Son interrogation émerveillée de l’appareil photographique allait de pair avec le plaisir d’installer une mise en scène pour saisir sa présence et celle de sa famille : le photographe comme une succession de tableaux intimes1. Dans toutes ses poses, il y avait aussi un élément d’autodérision, comme lorsqu’il annota certaines images avec des remarques ironiques. L’appareil était un instrument pour se façonner, même si la tristesse résiduelle de son regard devint de plus en plus visible, en particulier après la mort d’Amrita et le suicide, quelques années plus tard, de sa femme, Marie-Antoinette. Les photographies forment un album de famille émouvant. « Toutes les familles heureuses sont semblables, chaque famille malheureuse l’est d’une manière propre ». Tolstoïen comme il l’était, Umrao Singh Sher-Gil se serait sûrement reconnu dans cette déclaration.


Deepak Ananth


1. Ndt : en français dans le texte

Texte initialement édité dans le catalogue « An Indian Artist Family, Amrita Sher-Gil », paru aux éditions Schirmer / Mosel.



Exposition réalisée avec la collaboration de Vivan Sundaram et Photoink.

Exposition organisée avec le soutien de l’ Ambassade de France en Inde.

Exposition présentée à l’Espace Van Gogh.

Umrao Singh Sher-Gil

Né en 1870, dans le Penjab (Inde). Il meurt en 1954, à New Delhi (Inde).


Umrao Singh Sher-Gil était le fils aîné d'une influente famille du Penjab. Après le décès de sa première femme en 1907, Umrao Singh rencontre Marie-Antoinette Gottesmann-Baktay, chanteuse d'opéra hongroise, et l'épouse en 1912. Le couple part pour Budapest en décembre, où naît leur première fille, Amrita, en 1913, suivie de Indira, en 1914. La famille demeure en Hongrie jusqu'en 1921, puis se réinstalle en Inde, à Simla. Les centres d'intérêts de Umrao Singh vont de l'astronomie au yoga, de la calligraphie et la menuiserie à la photographie. Son utilisation de l'appareil photo et les quelques 80 autoportraits réalisés à partir de 1882 sur une période de 60 ans, sont une réalisation remarquable. Après son mariage avec Marie-Antoinette, Umrao Singh Sher-Gil concentre son travail photographique sur sa famille : sa femme, ses filles, lui-même. Il a réalisé des autochromes (vues transparentes sur plaque de verre, quasi inconnues en Inde à l'époque) et des photographies stéréoscopiques. Umrao Singh vécut les vingt dernières années de sa vie avec sa femme, à Simla, s'adonnant à ses différentes passions malgré la mort prématurée de Amrita. Après le suicide de sa femme en 1948, il perd progressivement la mémoire et meurt à Delhi en 1954 à 84 ans.