Ajax loader

ÉDITION 2007

3 juillet - 16 septembre

Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla - Jalon (empreinte),Vieques (Puerto Rico), 2001 – 2002

Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla

JALON (EMPREINTES)

Le projet photographique Land Mark / Foot Prints ( Jalon / Empreintes) constitue le prolongement d’une série d’actions qui se sont déroulées à Vieques, Porto Rico, en 2001-2002. Nous avons travaillé avec différents groupes militants impliqués dans des actions de protestation contre les essais nucléaires effectués par la Marine américaine dans cette zone. Initialement, notre projet consistait à créer des semelles qui étaient ensuite collées aux chaussures des personnes menant la campagne pour la restitution des terres. Ces chaussures étaient utilisées durant des actions de désobéissance civile lors desquelles les militants pénétraient dans la zone et marquaient leur présence au moyen de leurs empreintes de pas. Le dessin de la semelle, choisi par chaque utilisateur, représentait des territoires (géographiques, corporels, linguistiques, etc.) fonctionnant comme des contre-représentations de l’usage du site à l’époque mais aussi de ce qu’il devait encore devenir.

Les images du projet évoquent de multiples empreintes, d’une ou plusieurs personnes. Dans certaines photographies, on peut suivre le trajet d’une personne dans le cadre même de la photo. Dans d’autres, on discerne des centaines d’empreintes, si bien qu’il est impossible de distinguer un seul parcours. Cette représentation a, selon nous, beaucoup à voir avec la nature même des actions de désobéissance civile. De nombreuses personnes y participaient, soit individuellement, soit en tant que membres de groupes plus importants, mais chacune avait ses propres raisons et perspectives idéologiques d’être là. Il y avait des groupes évangéliques, des représentants de divers partis politiques, des défenseurs du patrimoine naturel, des étudiants, des gens issus de familles ayant vécu dans les environs. On y rencontrait également des membres du fan-club italien de Ricky Martin qui avaient pris connaissance du conflit sur le site Internet, ainsi que des activistes anti-militaristes, des écologistes de toutes sortes, et même quelques célébrités comme Robert F. Kennedy Junior et Jesse Jackson d’Amérique du Nord, pour n’en citer que quelques-uns.

Nous souhaitions trouver un moyen, dans les photographies, de montrer la diversité des composantes du groupe qui, comme en témoignent les multiples empreintes faites sur le sable – tendant à s’annuler les unes les autres de par leur nombre, allaient dans des directions finalement divergentes. Beaucoup de chemins et de directions se dessinaient alors, tant physiquement que subjectivement. Mais toutes ces personnes, quoique partageant la même opinion sur l’arrêt des bombardements à Vieques, avaient semblait-il des façons de voir très différentes, voire même opposées.

En conséquence, le cadrage sur ces empreintes, traces de désobéissance civile, par la photographie, offre une sorte de plan de reterritorialisation de ces terres disputées et témoigne de la multiplicité des perspectives possibles. Il génère une nouvelle compréhension politique de la complexité des actions militantes. Les diverses perspectives politiques, représentées dans les photographies que nous avons prises, caractérisent le nouveau creuset du développement futur de ces terrains militaires. D’autre part, nombre de ceux qui manifestaient ensemble, solidaires dans leur lutte contre les bombardements, sont maintenant confrontés à la difficile tâche de savoir comment débattre démocratiquement de l’avenir de ces terres, et se trouvent en fait opposés, les uns aux autres, sur ces nouvelles questions. Enfin, nous espérons que ces photographies recouvrent les vestiges du passé colonial de Vieques, des Caraïbes en liberté, et de la volonté impérialiste générale de dominer le territoire. Les images formées par les pas sur le sable nous rappellent à la fois les traces arrogantes laissées, de manière permanente, sur la Lune, résultat de la course à la conquête de l’espace menée pendant la Guerre froide, ainsi que la mythique empreinte sur le sable qui attira le regard colonial de Robinson Crusoë.


Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla



Exposition organisée avec la collaboration de la galerie Chantal Crousel, Paris.


JENNIFER ALLORA Née en 1974 à Philadelphie (USA)

GUILLERMO CALZADILLA Né en 1971 à La Havane (Cuba)


Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla travaillent ensemble depuis 1995. Ils vivent à Porto Rico. Exploitant souvent les espaces entre sculpture, performance, vidéo, architecture et intervention sociale/publique, leur utilisation inventive des matériaux et leur sens esthétique et social fort englobent les références historiques de l'art et créent un nouveau vocabulaire artistique autour du contexte psychologique, politique et social dans lequel ils évoluent. Allora & Calzadilla ont récemment participé aux expositions collectives suivantes : Day for Night: 2006, à la Whitney Biennal de New York en 2006; la 51ème Biennale de Venise (Italie) en 2005 ; Common Wealth à la Tate Modern de Londres (G-B) en 2003; How Latitudes Become Forms: Art in a Global Age, The Walker Art Center de Minneapolis (USA) en 2003; Ailleurs, ici, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris/Arc au Couvent des Cordeliers à Paris en 2004.

Parmi leurs dernières expositions personnelles, ils ont pu montrer leur travail dans des musées comme Renaissance Society à Chicago (USA) en 2007, le Palais de Tokyo à Paris en 2006, le S.M.A.K. Stedelijk Museum voor Actuele Kunst à Gand (Belgique) en 2006, le Dallas Museum of Art à Dallas (USA) en 2006, ICA Boston (USA) en 2004, Walker Arts Center à Minneapolis (USA) en 2004.