Appréhender le réel comme on regarde une uvre peinte et saisir l’informe. Pour cela, les limites d’un appareil photo numérique de première génération dont le bruit devient comme la touche ou la trace d’une brosse, d’un pinceau pour une couleur limpide ou saturée comme un repentir. Mais, peut-on seulement parler d’un « travail » de Jean-Marie Bénézet ? Pour le dire autrement, on aura beau chercher, on ne trouvera chez lui aucun appétit, aucune impatience devant les choses. » Ainsi arpente-t-il les prés, les vignes et les sentes de la Petite Camargue où il vit. La palette est vaste, l’herbe, l’eau, l’ombre, la brume, la lumière dure et froide, la végétation abandonnée ou cultivée, la silhouette des animaux et des barrières de fortune qui les contiennent. Quand son regard est happé, il cadre, prend un cliché, ne fait aucune retouche, recueillant simplement l’« offrande muette » du monde. Le « travail » de l’artiste, tel qu’il apparaît dans ce que Jean-Marie Bénézet donne à voir, consiste d’abord à s’effacer pour laisser advenir le monde. Entendre par là : que le monde est gracieux, et que sa contemplation, sans volonté de dénaturer la nature – imagine-t-on pire paradoxe ? –, conduit à un ravissement et un plaisir sans pareil.