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ÉDITION 2008

8 juillet - 14 septembre

Jane Evelyn Atwood

Jane Evelyn Atwood

HAITI

Dans le texte qui introduit l’ouvrage consacré à cette exposition, l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot prévient : « On ne photographie pas un pays. Mais, au fil des photos ici proposées, vient le constat instructif qu’Haïti, un peu comme tous les pays, est bien un ensemble impossible. C’est cette impossibilité que Jane Evelyn Atwood a photographiée. Chaque photo témoigne de quelque chose d’irréductible, capture un moment de quelque chose dont on ne pourra facilement épuiser le sens. Quelque chose de rebelle aux fausses évidences. » Le travail de la photographe américaine Jane Evelyn Atwood sur Haïti est radicalement en rupture avec l’imagerie de violences et de misère que l’actualité impose régulièrement pour évoquer ce pays caraïbe. Rupture aussi dans l’écriture de l’artiste qui choisit la couleur pour traduire sa fascination pour le peuple haïtien « incroyablement vivant et étonnant ». Rompue aux enquêtes de longue haleine en noir et blanc sur la prostitution, la prison, les victimes des mines antipersonnel ou du sida, Jane Evelyn Atwood aborde Haïti sans préjugés, avec un regard qu’elle veut débarrassé de toute influence préalable. Modestement, elle découvre des personnes, elle observe le quotidien des individus, la diversité des vies singulières confrontées au savoir-vivre et au devoir-vivre qu’exigent pauvreté et inégalité. Elle montre la beauté intacte d’un peuple qui ne s’abandonne pas au soleil noir de la fatalité et réinvente sans cesse un avenir possible. D’une facture particulière, les prises de vue haïtiennes d’Atwood, notamment ses portraits, semblent dessiner des clairs-obscurs au grand jour ; la couleur ne sert pas ici à accentuer une riche gamme chromatique déjà présente dans le viseur, mais à souligner des contrastes, des ombres ou des lumières, qui contribuent à installer une forme subtile d’intimité avec les univers photographiés. Et Lyonel Trouillot de conclure : « Tout est là ; tout ce qui anime les contradictions du vivre et du mal-vivre haïtien. Seulement rien n’est donné comme typique ou représentatif (). On ne photographie pas un pays, mais des photos peuvent être une ouverture sur un pays en forme de fragments. Pour donner à voir justement que l’on ne voit que d’infimes parcelles de toute la vie à voir. »

Jane Evelyn Atwood

Née à New York, États-Unis. Vit en France depuis 1971.


Jane Evelyn Atwood figure parmi les principaux photographes de la scène internationale. Son oeuvre traduit une profonde intimité avec ses sujets pendant de longues périodes. Fascinée par les gens et par la notion d’exclusion, elle a réussi à pénétrer des mondes que la plupart d’entre nous ignore ou décide d’ignorer.

Elle est l’auteur de neuf livres, Dialogues de Nuit (Éditions Jean-Jacques Pauvert/Ramsay) et Nächtlicher Alltag (Mahnert-Lueg Verlag) en 1981, tous deux consacrés aux prostituées de Paris; Légionnaires (Éditions Hologramme-1986); Extérieur Nuit, sur les aveugles (Éditions Actes Sud, Photo Poche Société-1998); et Trop de Peines, femmes en prison (Éditions Albin Michel) ainsi que Too Much Time, women in prison (Éditions Phaidon Press Ltd.) résultat de dix années de travail sur l’incarcération féminine dans le monde. Sentinelles de l’ombre (Éditions du Seuil, 2004) est l’aboutissement d’un travail de quatre ans au Cambodge, en Mozambique, en Angola, au Kosovo et en Afghanistan, sur les mines antipersonnelles. À Contre Coups est publié en 2006 (Éditions Xavier Barral), et Haïti (Actes Sud), 2008.

L’oeuvre de Jane Evelyn Atwood été récompensée par des prix internationaux les plus prestigieux : la première bourse décernée par la Fondation W. Eugene Smith en 1980, le prix de la Fondation du World Press Photo d’Amsterdam en 1987, le Grand Prix Paris Match du Photojournalisme, le Grand Prix du Portfolio de la SCAM, le Prix Oskar Barnack/Leica Camera en 1997, ainsi que le Prix Alfred Eisenstadt en 1998.