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ÉDITION 2008

8 juillet - 14 septembre

Thomas Lagrange - Vogue Paris, June 2007

Vogue : les natures mortes

L’exercice de la nature morte est apprécié des catalogues de vente par correspondance autant qu’il est redouté des grands titres de mode. Les rédactrices de mode et les couturiers encensent le corps qui viendra incarner le vêtement ou l’accessoire d’une saison. Longtemps méprisée et reléguée aux pages « produits », la nature morte, en mode, est un sujet timide qui est trop rare pour devenir d’actualité mais aussi trop précieux pour être dénaturé. Pourtant, il est des périodes où il est un passage obligé pour les signatures, celles-là mêmes qui photographient les robes en mouvement. Jusque dans les années 1950, la nature morte qui magnifie un sac, une chaussure raffinée ou un chapeau délicat occupe les couvertures des magazines au même titre que les visages des icônes de mode du XXe siècle. Pendant plus de la moitié du siècle dernier, il se partage les fantaisies éditoriales des magazines quand le regard exige encore toutes les informations sur le vêtement, sous forme de comptes rendus de collections rédigés aussi importants que les reportages photographiques. Écrits et images (illustrations et photographies confondues) se partagent à part égale les sommaires détaillés que les couturières de quartier et les lectrices affûtées suivront à la lettre. Dans ce contexte presque pédagogique (!) il va de soi que le sujet-objet prévaut par rapport à l’atmosphère générale. L’accessoire ou le vêtement séparé de son corps sont des indications précieuses de mode. Détouré, il est aussi magnifié, sacralisé par les plus grands noms de la photographie de mode. Horts P. Horst, Georges Hoyningen-Huene, Napo, Guy Bourdin, William Klein, Erwin Blumenfeld, Henry Clarke mais aussi Erwan Frotin, Daniel Jouanneau, Thomas Lagrange, pour ne citer qu’eux, ont ponctuellement répondu à la commande qui fait du vêtement un sublime naufragé. Une sélection depuis les années 1920 jusqu’à nos jours des plus belles natures mortes dans Vogue rappelle avec préciosité et rareté que les vêtements et les accessoires sont faits pour être portés, mais qu’ils n’échappent pas pour autant à leur destin de nous attendre. Rouge à lèvres totem, pinceau pour les yeux sacré, étalage relique, ces accessoires sanctifiés ne cachent pas les intentions commerciales d’une société qui a élevé le produit au rang d’uvre d’art.


Olivier Saillard, commissaire de l’exposition.


Exposition conçue et réalisée en collaboration avec le magazine Vogue, à partir des archives de 1920 à nos jours. Tirages réalisés par le laboratoire Picto.

Olivier Saillard

Né en 1967. Vit et travaille à Paris.


Responsable de la programmation des expositions mode aux Arts Décoratifs à Paris depuis 2002, Olivier Saillard est aussi commissaire de plusieurs d’entre elles dont Viktor & Rolf by Viktor & Rolf, Trop, Couturiers Superstars, Yohji Yamamoto Juste des vêtements, Le cas du sac, Jean-Paul Gaultier/Régine Chopinot Le défilé, Christian Lacroix Histoires de mode

Après des études d’histoire de l’art, Olivier Saillard a été, de 1995 à 2000, conservateur du Musée de la mode de Marseille. Il y a organisé les expositions suivantes : Edmonde Charles Roux : les Années mode ; Christian Lacroix et le théatre ; L’Homme-Objet ; La Mode au Corps ; L’imprimé Mondrian ; Andy Warhol : the Fashion Look ; Mouna Ayoub : parcours d’une collectionneuse ; Cut ; Barnabé ou l’esthétique de la contre-coiffure ; Histoires des maillots de bain Il a été commissaire associé pour la mode de l’exposition La Beauté, en 2000 et a réalisé plusieurs expositions pour le Bon Marché, Karl face à Lagerfeld ou Chorégraphies de mode.

Soucieux de multiplier les expériences, Olivier Saillard a engagé, depuis 2002, un travail d’écritures et de performances poétiques qu’il propose lors des défilés haute couture à Paris. C’est dans ce cadre qu’il a été lauréat et résident en 2005 de la Villa Kujoyama à Kyoto au Japon.