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ÉDITION 2008

8 juillet - 14 septembre

From the street to the blog

Au début du XXe siècle, les Frères Seebergers parcouraient les lieux à la mode à la recherche des élégantes qu’ils photographiaient sans plus d’artifices que ceux de leur apparence et du décor naturel où elles se trouvaient. Sur fond de champs de courses ou aux entractes des théâtres, les belles posaient prestement, mais avec grâce. Tout le monde et le demi-monde, de Paris à Biarritz se prêtaient au rituel photographique publié en ouverture ou à la fin des magazines de mode. Ces pages, que l’on n’appelle pas encore les pages « people », sont aussi regardées que les reportages soignés en studio. Les élégantes ne sont pas seulement pointées pour le statut mondain qu’elles incarnent au sein des rédactions comme Vogue, Fémina ou L’Officiel. Elles sont les guides des modes nouvelles à une époque où il ne s’agit que de haute couture extrêmement raffinée et portée selon un rituel horaire qui, du matin à l’heure du thé, du cocktail au dîner, impose les devoirs du chic. Ces allures nobles et consacrées disparaissent peu à peu au fur et à mesure que la haute couture perd de son influence surtout après les deux guerres mondiales du XXe siècle. Elles cèdent le pas aux actrices, puis aux mannequins et top-models et s’évanouissent définitivement des pages en papier glacé quand naît le prêt-à-porter à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Il n’y a plus que quelques vignettes au format timbre-poste pour rendre compte de dîners mondains où couturiers et comédiennes à table sont les arbitres solitaires d’élégances disparues. À l’unisson, les magazines proposent une vision fantasmée de la mode, une photographie de genre, en studio ou en extérieur, toujours composée et fruit de l’expression d’un photographe et d’un créateur. La photographie in situ initiée par les Seebergers fond comme neige au soleil. La mode portée est l’invitée de certains supports éditoriaux au même titre qu’un mouvement sociétal de mode. Le reportage de mode ou la photo documentaire de mode réapparaît au milieu des années 1990. Compilés, triés par tribus et influences, par genres et styles ou par villes, les looks photographiés dans la rue, à Londres ou à Tokyo sont édités en pleine page et constituent de nouveaux magazines dont le Japon, grand consommateur de mode de tout type, est friand. Ces documents renouent avec le sentiment portable d’une mode qui, à trop vouloir se mettre en scène, s’était coupée de son public. Ils précèdent de peu l’énorme vague Internet et les images qui vont envahir en quantité chaque écran d’utilisateur. Dans les blogs spontanés qui pullulent ou répertoriés dans des sites professionnalisés devenus aussi importants que les magazines papier, des photographies en pied, se succèdent les unes aux autres et ont pour vocation de témoigner de la mode de l’instant. Personnalités notoires et anonymes coagulent ensemble, prennent une pose offerte devant le photographe archiviste d’actualités frivoles. Dans les vernissages, soirées mondaines, avant-premières, ou simplement dans la rue, de Miami à Helsinki, le photographe blogueur photographie tout ce qui bouge avec style, en T-shirt ou en robe de créateur. Là où les élégantes du début du siècle posaient avec sérieux et solennité, les relais de la mode d’aujourd’hui jouent les stars d’une seconde, ouvrent la bouche et n’ôtent pas leurs lunettes. Au-delà de ses vêtements, chaque décennie impose un porté et une gestuelle visible dans ces photographies spontanées qui feignent aujourd’hui d’abolir les distinctions sociales au profit d’une mode unificatrice et mondiale. From the Street to the Night est une exposition conçue et réalisée par colette au 213 rue Saint-Honoré, Paris en 2007. Elle réunissait une dizaine de photographes blogueurs, véritables reporteurs des modes d’origine différente et dont les sites sont autant regardés qu’ils influencent eux-mêmes la création de mode. Présentés sur des écrans illustrant le nouveau support de diffusion Internet, un certain nombre de travaux sélectionnés par colette constituent un deuxième volet à ce projet : From the Street to the Blog.


Olivier Saillard, commissaire de l’exposition.


www.colette.fr

Exposition proposée par colette pour les Rencontres d’Arles.

Exposition réalisée avec le soutien de la société Parrot.

Olivier Saillard

Né en 1967. Vit et travaille à Paris.


Responsable de la programmation des expositions mode aux Arts Décoratifs à Paris depuis 2002, Olivier Saillard est aussi commissaire de plusieurs d’entre elles dont Viktor & Rolf by Viktor & Rolf, Trop, Couturiers Superstars, Yohji Yamamoto Juste des vêtements, Le cas du sac, Jean-Paul Gaultier/Régine Chopinot Le défilé, Christian Lacroix Histoires de mode

Après des études d’histoire de l’art, Olivier Saillard a été, de 1995 à 2000, conservateur du Musée de la mode de Marseille. Il y a organisé les expositions suivantes : Edmonde Charles Roux : les Années mode ; Christian Lacroix et le théatre ; L’Homme-Objet ; La Mode au Corps ; L’imprimé Mondrian ; Andy Warhol : the Fashion Look ; Mouna Ayoub : parcours d’une collectionneuse ; Cut ; Barnabé ou l’esthétique de la contre-coiffure ; Histoires des maillots de bain Il a été commissaire associé pour la mode de l’exposition La Beauté, en 2000 et a réalisé plusieurs expositions pour le Bon Marché, Karl face à Lagerfeld ou Chorégraphies de mode.

Soucieux de multiplier les expériences, Olivier Saillard a engagé, depuis 2002, un travail d’écritures et de performances poétiques qu’il propose lors des défilés haute couture à Paris. C’est dans ce cadre qu’il a été lauréat et résident en 2005 de la Villa Kujoyama à Kyoto au Japon.