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ÉDITION 2008

8 juillet - 14 septembre

Alain-Charles Beau - Prêt à porter, Collection automne-hiver, années : 1996/1997

Alain-Charles Beau

« J’ai d’abord rencontré ses adolescents entre deux mondes puis ses novilleros entre sol y sombra, vie et mort, peur et triomphe. Depuis quinze ans, il relate fidèlement essayages et coulisses, autres espaces-temps en équilibre transitoire, passages initiatiques. »

Christian Lacroix


AVEC CHRISTIAN LACROIX, 1995-2000

J’ai d’abord rencontré « virtuellement » Christian Lacroix, au travers des films que je réalisais pour son premier parfum. On avait rassemblé pour moi des documents, des articles de presse, des photographies de famille, dont certaines m’ont troublé par leur beauté. Puis ce fut une rencontre, furtive, en avril 1990, à Arles, pendant la féria de Pâques. Je ne voulais pas le déranger. Le soir, je lui ai écrit un message, dans lequel j’avais recopié un extrait de Héliogabale ou l’Anarchiste couronné d’Antonin Artaud*. « Héliogabale / passe / de pierre en pierre, de robe en robe, de fête en fête et d’ornement en ornement. À travers la couleur et le sens des pierres, la forme des robes, l’ordonnance des fêtes, des bijoux qui battent à même sa peau, son esprit fait d’étranges voyages. C’est ici qu’on le voit pâlir, qu’on le voit trembler, à la recherche d’un éclat, d’une aspérité à laquelle il s’accroche, devant la fuite effroyable de tout. C’est ici que se manifeste une sorte d’anarchie supérieure où sa profonde inquiétude prend feu ; et il court de pierre en pierre, d’éclat en éclat, de forme en forme, et de feu en feu, comme s’il courait d’âme en âme, dans une mystérieuse odyssée intérieure que personne après lui n’a plus refaite. » Christian Lacroix m’a alors proposé un rendez-vous pour lui montrer mes premières images de novilleros. Son univers semblait faire partie de la même histoire, des mêmes désirs esthétiques. Ainsi, quelques années plus tard, il m’a ouvert sa maison de couture et, de janvier 1995 à juillet 2000, j’ai photographié discrètement son travail avec mon Leica M4P et un objectif Sumilux de 35 mm. Plus tard, Christian Lacroix et moi-même, nous nous sommes aperçus que nous étions nés le même jour, un 16 mai Je me suis alors souvenu qu’Héliogabale avait été mené aux légions et « sacré » empereur dans la nuit du 15 au 16 mai 217 Le texte d’Antonin Artaud sur ce jeune et terrible empereur n’a plus jamais quitté mon esprit quand je photographiais Christian Lacroix durant toutes ces années.


Alain-Charles Beau


*Héliogabale ou l’Anarchiste couronné d’Antonin Artaud, collection L’imaginaire Gallimard, 1979.

Remerciements : PIXIES FILMS. Rémy Badan, Laurent Doumas, Kalthoum Laporte.

Tirages réalisés par le laboratoire PICTO.

Projection : réalisation Le Tambour qui parle.

Alain-Charles Beau

Né en 1954 à Paris, France.


Après des études de monteur de film, il effectue son service militaire à l’Établissement Cinématographique et Photographique des Armées. Enfant, il est “sensibilisé” à l’image et au regard par les travaux photographiques de son père, André Beau. Mais il découvre vraiment la pratique de la photographie en 1973 au cours du tournage d’un film en Indonésie. À partir de 1977, il devient chef monteur de grands reportages et de documentaires pour la télévision. Son travail de monteur développe en lui le goût de l’image fixe et, à partir de 1980, Alain-Charles Beau devient également auteur-photographe. En 1982, il expose son premier travail, Les Éclaireurs. La même année, Alain-Charles Beau devient réalisateur de films. Suivent plusieurs expositions de photographies, parmi lesquelles Les mythes de nos nippes, en 1983, au Musée d’art moderne de la ville de Paris; Un mariage juif, en 1987, série en noir et blanc qui a reçu le Premier prix photographique du concours international du Museum of Jewish Diaspora, Tel Aviv ; Suerte, en 1997, série en noir et blanc sur les novilleros exposée à Saint-Rémy-de-Provence. À partir de 1995, Alain-Charles Beau se consacre à un travail personnel sur le couturier Christian Lacroix. Six années auprès du styliste lui permettent d’archiver près de dix mille images sur la Maison de couture. En 1998, une série de photographies en noir et blanc est présentée dans l’exposition Histoire d’une création de Haute Couture de Christian Lacroix, à l’initiative du Ministère de la Culture et de la Délégation aux arts plastiques.