Ajax loader

ÉDITION 2009

7 juillet - 13 septembre

Jack Pierson

Jack Pierson

JERUSALEM

Voici de nouvelles images. Elles sont grandes, il y en a onze, elles sont pliées en huit et accrochées au mur avec des épingles. Je vais parler de leur origine et vous donner une liste de choses auxquelles j’ai pensé pendant leur élaboration.

Durant les fêtes de fin d’année, j’ai passé Noël chez mes parents sur la côte ouest de la Floride. Pour le jour de l’an, j’ai rejoint mon cher ami John Derian à Cape Cod, où il a une charmante vieille maison de capitaine à Provincetown. Ensuite je me suis rendu dans ma propre maison dans le désert de Californie. J’avais emmené un appareil, un compact amélioré, fiable et bon à tout faire, un Fuji 6 x 4,5 que j’utilise généralement en ce moment. J’ai gardé la même pellicule quinze poses durant ces trois semaines. J’ai dû faire environ cinq images à chaque endroit. Ce n’était pas prémédité, ni un « concept » ; il se trouve que je ne prends pas beaucoup de photos. Je « couvre » un sujet sous quelques angles, à la limite je fais un cadrage vertical et un horizontal, et puis ça suffit pour la journée.

Ces onze nouvelles images proviennent des quinze poses de la pellicule. J’ai toujours fait mes prises de vue comme ça, sauf quand je photographie une personne. C’est en partie dû à l’habitude que j’ai prise quand j’étais étudiant et que la pellicule et le développement représentaient une dépense considérable. Dans ma jeunesse, le bruit mécanique des appareils photo tel qu’on l’entendait dans les films était séduisant, mais c’était une chose irréalisable. De même, utiliser des épingles ne m’aurait pas semblé, comme c’est le cas aujourd’hui, la solution d’accrochage la plus élégante. Mais maintenant, même lorsque je cède à la tentation d’encadrer une grande photographie en couleurs, cela me semble superflu.

Les images au mur, s’il ne s’agit pas de tirages argentiques, doivent être des pages arrachées à des magazines ou des affiches, épinglées ou scotchées. Autrement, je ne suis pas convaincu. Pour moi, la photographie est mieux présentée dans des livres, des magazines ou sous forme de publicité.

Quoi qu’il en soit, ces petites manies, qu’elles proviennent de moi ou de la photographie elle-même, ont provoqué chez moi une certaine ambivalence en ce qui concerne le fait d’exposer des photos. Je ne le fais que lorsque l’impulsion est plus forte que mes réticences et que le moment semble s’y prêter. Vous l’aurez compris, pour moi, la création d’une image se fait essentiellement après la prise de vue.

Voici quelques extraits de mes pensées durant les prises de vue : Joli palmier. Mes photos de palmiers sont appréciés, pourquoi ne pas en prendre quelques-unes ? L’océan qui brille sous le soleil, quoi de plus beau ? Le sable, semblable à une peinture de Larry Poons, riche en métaphores. Le ciel, nuageux, ou plein d’oiseaux, c’est mièvre, mais pourquoi pas un ciel à la fois vide et plein de sens ? J’espère que la machine à rayons X ne voilera pas cette pellicule

Dans un livre, comme je l’ai dit, les choses sont plus faciles ; la page imprimée donne de l’autorité à l’image. Sa forme de livre évoque une valeur narrative intrinsèque. En commençant généralement par son titre. Sur le mur, ces choses doivent être accomplies à travers la taille, la présentation et les matériaux ; je ne veux pas vous faire lire un communiqué de presse ou un article. Cela dit, voici comment cette nouvelle série en est arrivée à porter le titre pompeux de Jérusalem. Mon excellent ami Walter m’a dit qu’il pensait que la sélection avait une qualité « biblique ». Cela possède un ton à la fois grandiloquent et misérable qui me correspond. C’est cela qui, peut-être, se ressent dans cette exposition à laquelle j’ai été convié de participer par l’une de mes photographes préférées, Nan Goldin.

Jérusalem est située à la croisée des trois religions les plus importantes du monde. Les trois lieux de cette oeuvre exercent sur moi une fascination depuis des années. La Floride, le Massachusetts et la Californie.

Des lieux hors de New York que je considère comme chez moi.


Jack Pierson


Jack Pierson est représenté par la galerie Cheim & Read, New York.

Jack Pierson

Né en 1960 à Plymouth, Massachusetts, États-Unis.

Vit entre New York et Wonder Valley, Californie.


Jack Pierson réalise des photographies, des sculpturesà partir de mots, des installations, des dessins et des livres d’artistes qui explorent les émotions, qui sous-tendent le quotidien, de l’intimité entre amoureux à l’idolâtrie distante de l’autre. Beaucoup de ses oeuvres jouent sur un registre mélancolique, leur beauté parle à la nostalgie des rêves non accomplis. En utilisant ses amis comme modèles, Pierson a continuellement questionné la culture des stars à travers son oeuvre, qu’il s’agisse de stars du cinéma, du théâtre ou de l’art. En refusant tout cynisme ou ironie, Pierson se rapproche de son public en reconnaissant sa propre attirance à la vie fantasmée présente dans ses oeuvres. Ses expositions personnelles récentes ont eu lieu à l’Irish Museum of Modern Art de Dublin, chez Cheim & Read à New York et Regen Projects à Los Angeles. Pierson est présent dans les collections du Metropolitan Museum of Art, le Whitney Museum of American Art, le Solomon R. Guggenheim Museum, le Museum of Contemporary Art de Los Angeles et le San Francisco Museum of Modern Art.