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ÉDITION 2009

7 juillet - 13 septembre

Lucien Clergue - Passion de Saint Martin, Louvre / St Martin de Crau, 1996

Lucien Clergue

SACRE D'EROS ET THANATOS / TRAVAUX RÉCENTS

Parodiant Picasso, je dirais « la Photographie est plus forte que moi, elle me fait faire ce qu’elle veut ». Car, dans ce travail de surimpressions effectué dans l’appareil photographique classique (mode argentique), je photographie en couleurs (cela n’aurait guère de sens en noir et blanc), d’abord la corrida ou un modèle de nu, je réenroule précautionneu - sement le film avec les repères nécessaires puis, plus tard, vais dans un musée au hasard de mes voyages et recommence. Le résultat n’est pas dû au bricolage informatique, mais je joue cartes sur table, tout est visible, et même « cet invisible qui a commis la folle imprudence d’apparaître » (Jean Cocteau), mais les ruptures de champs colorés, lumière du jour pour corridas ou nus et lumière artificielle pour les musées, créent de nouvelles couleurs qui s’éloignent de l’original.

Pour la tauromachie, l’idée de départ était les ex-voto déposés dans les églises par les toreros épargnés par la corne meurtrière du taureau où le Christ jette son linge à la tête du taureau pour détourner son attention de l’homme qu’il voulait encorner. D’autres y verront aussi la superposition du culte mithraïque à celui de la chrétienté Quant aux nus, c’est plus complexe, le monument que représente le retable d’Issenheim de Grünewald au musée de Colmar m’a toujours beaucoup influencé et je veux bâtir une suite de variations, Les Tentations de saint Antoine, puis les chemins de traverse surgissent et bien sûr cette femme nue devant le Christ nu lui aussi, serait-ce Madeleine, la sainte aux longs cheveux ? S’ajoute une foule d’énigmes dont chaque visiteur porte la solution.

Dans ce dernier cas, les modèles jouent un rôle prépondérant, un rien actrice qui me convient très bien, et j’aime les associer en triptyques, pour créer une autre dramaturgie. C’est en tout cas la célébration de l’ar gen tique classique, ce n’est pas à 75 ans que je vais changer de technique ! Et croyez-moi il y a encore beaucoup à faire !


Lucien Clergue


Avec le soutien de France 5.

Tirages réalisés par DUPON Digital Lab.

Lucien Clergue

Né en 1934 à Arles, France.

Vit et travaille en France.


Forcé d’interrompre ses études avant le baccalauréat, Lucien Clergue commence la photographie en parallèle de son travail à l’usine. À 18 ans, sa rencontre avec Picasso est décisive. Quelques années plus tard, il se déclare lui-même « photographe-artiste ». Aujourd’hui, Lucien Clergue photographie en noir et blanc, et en couleurs, mais toujours à l'ancienne : vive l'argentique !

Ses thèmes majeurs sont la vie, la mort, les quatre éléments, le nu féminin – surtout dans les vagues–, les charognes et taureaux morts, la mystérieuse Camargue, le sable, l'eau, les saltimbanques et les gitans, les grands toreros, Picasso, Cocteau, Dali. Depuis quelques années, il s’est penché sur des recherches en couleurs, basées sur des surimpressions de tauromachies ou de nus féminins avec des tableaux de musées.

Il a publié 75 livres. Dans les années 1960 il s'est tourné vers le cinématographe, a remporté le prix Louis Lumière pour Drame du Taureau et a été sélectionné notamment au Festival de Cannes et aux Oscars de 1968.

Lui et ses amis Tournier et Rouquette ont fondé les Rencontres d'Arles, qui ont par ailleurs engendré l'École Nationale Supérieure de la Photographie. Il a également créé avec Rouquette une collection de photographies riche aujourd'hui de 4 500 pièces pour le musée Réattu.