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ÉDITION 2009

7 juillet - 13 septembre

Willy Ronis - Place Vendôme, 1947 © Willy Ronis/Rapho

Willy Ronis

RETROSPECTIVE

La sélection des 80 photographies composant cette exposition rétrospective, présentée à l’église Sainte-Anne, vise à présenter un aspect de l’oeuvre de Willy Ronis qui témoigne d’une conscience profonde de la nature même des images, et ce, malgré son inscription traditionnelle dans le discours habituel du courant humaniste. Pour Willy Ronis, la photographie n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’exprimer sa propre expérience des réalités sociales qui l’entourent. Qu’elles soient prises dans la rue, dans une usine, en pleine nature ou dans l’intimité, ses photographies constituent un recueil d’instants échelonnés sur l’ensemble de sa carrière de photographe, fondement de sa propre version du réel.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le flambeau de la photographie française est porté par le Groupe des XV, auquel appartiennent Robert Doisneau, René-Jacques, Marcel Bovis et, bien sûr, Willy Ronis. La vision anecdotique, la parodie, la tendresse, la finesse visuelle sont parmi les procédés narratifs chers à la photographie humaniste, et sa raison d’être. Les rues animées de Paris, ses quartiers populaires, ses flâneurs, des enfants en train de jouer, ou plus généralement des scènes de la vie de tous les jours constituent le décor dans lequel ces photographes allient poésie et vocation spontanée à rendre compte du monde. Willy Ronis n’en est pas moins persuadé de l’imposture que recèle toute tentative de donner une vision édulcorée de l’injustice sociale par la photographie. Il se livre à une exploration systématique de la vie des classes les plus démunies, pleine de conviction et de lucidité. En témoignent ses photographies d’ouvriers, de piquets de grève et de harangues enflammées de syndicalistes, que ce soit aux usines Citroën (1936) et Renault (1950), aux mines de Saint-Étienne (1948), ou dans les rues de Paris (1950). Or, au-delà de sa sensibilité aux conditions de travail, familiales et sociales des ouvriers de l’époque, affleure un photographe dont les intérêts sociopolitiques ne s’accommodent pas de fragments de vie croqués çà et là, mais exigent de lui un engagement actif. Ronis n’est pas misérabiliste, il ne maquille pas la pauvreté ; il n’esthétise pas les pauvres ni ne chante leurs louanges, mais s’associe à leurs revendications, à leur lutte, à leurs manifestes.


Marta Gili


Sélection des images : Willy Ronis et Marta Gili.

Exposition organisée par le Jeu de Paume.

Avec la collaboration de la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine / ministère de la Culture et de la Communication et le soutien de Neuflize Vie, mécène principal du Jeu de Paume et d’Olympus France.

Avec le concours d’Arte.

Wily Ronis

Né en 1910 à Paris, France. Décédé en 2009 à Paris, France.

Vit et travaille à Paris.


Il se consacre à la photographie en 1932, lorsque par obligations familiales il entre à l’atelier photographique de son père. Quatre ans plus tard, à la mort de ce dernier, il décide d’être photographe, reporter et illustrateur indépendant et quitte l’atelier.

À partir de 1936, Willy Ronis privilégie le reportage. Avec la montée du Front populaire, il partage les mêmes idéaux que Robert Capa et David Seymour (Chim), photographes déjà célèbres. Il a également l'occasion de connaître Kertész, Brassaï et Cartier-Bresson. Mais, par rapport à la vision de ses pairs, il développe une véritable originalité, marquée par l'attention portée à « l'harmonie chorale des mouvements de foule et à la joie des fêtes populaires ».

Après la Seconde Guerre mondiale, Willy Ronis entre à l'agence Rapho et soutenu par son ami Romeo Martinez, collabore à Regards, Time ou Life.

Il remporte le prix Kodak en 1947, puis la Médaille d’or à la Biennale de Venise en 1957. Belleville-Ménilmontant, Sur le fil du hasard (album pour lequel il reçoit le prix Nadar en 1981) et Mon Paris sont parmi les livres importants qu'il a publiés. On a alors pu dire qu’avec Robert Doisneau et Édouard Boubat, c’est « l'un des photographes majeurs de cette école française de l'après-guerre qui a su concilier avec talent les valeurs humanistes et les exigences esthétiques du réalisme poétique ». Il participe dans les années 1950 au groupe des XV aux côtés de Robert Doisneau, de Pierre Jahan ou de René-Jacques pour défendre la photographie comme une véritable expression artistique.

Au cours des années 1970-1980, parallèlement à ses activités de photographe, Willy Ronis consacre beaucoup de temps à l'enseignement : à l'École d'art d'Avignon, puis aux facultés d'Aix-en-Provence et de Marseille. Il y crée un cours d’histoire de la photographie et rencontre alors Pierre-Jean Amar. En 1972, il s'installe à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse).

Il remporte en 1979, le Grand prix national des Arts et des Lettres pour la Photographie et est Invité d’honneur de la 11e édition des Rencontres d’Arles en 1980. Il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1989.

L’exposition « Willy Ronis à Paris » est présentée à l’Hôtel de Ville de Paris, en 2005, à l’occasion de son 95e anniversaire.

Aujourd’hui son uvre est exposée dans le monde entier et ses images figurent dans les collections des plus grands musées.

Willy Ronis lègue son uvre à l'État français en faisant, en 1983, une donation de ses archives à effet post mortem.