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ÉDITION 2009

7 juillet - 13 septembre

Sean Lee - Corvée de perruque.

Sean Lee

présenté par CHRISTIAN CAUJOLLE

Né en 1953 en France. Vit et travaille en France.

Journaliste, ancien directeur du service photo de Libération, fondateur de l’agence VU’, directeur artistique des Rencontres d’Arles en 1997.


Sean Lee et Shauna

La photographie, on le sait, est trompeuse. C’est même de là, de son ambiguïté dans la relation au réel, de sa capacité à nous faire croire que sont «vraies» les images qu’elle nous propose et qu’elle atteste «objectivement» de ce qui est montré, qu’elle tire une bonne partie de la fascination qu’elle exerce. Le tout jeune Singapourien Sean Lee utilise de façon parfaitement troublante cette nature de la photographie.

D’autant plus que ce qu’il met en images est également troublant. En effet, nous voyons, dans une belle et sensible maîtrise des couleurs, avec un savant mélange d’amusement et de gravité, évoluer le personnage de Shauna, qu’il a créé et met en scène, un joli «lady boy» asiatique, élégant oiseau de nuit entouré de ses amis travesti(e)s, prenant la pose sur une scène, bavardant dans une boîte de nuit, fumant assis sur un coin de billard ou traversant la rue. Or, Shauna, c’est aussi Sean qui tout à la fois l’incarne et la photographie. Un jeu de rôle, un jeu de travestissement, qui, de Duchamp et Claude Cahun à Andy Warhol et Cindy Sherman (entre autres), interroge la notion que les Anglo-Saxons ont parfaitement résumée dans le vocable «gender». La chose se complique lorsque l’on sait que Sean n’est absolument pas homosexuel, revendique avec force son amour des femmes, explique qu’il a inventé Shauna en hommage à leur beauté qu’il veut célébrer. Et que, donc, lorsqu’il s’habille et vit en fille, il ne pousse pas à l’extrême un choix sexuel. Complexe, sincère, tour à tour amusée et grave, sa démarche cherche d’abord à questionner la notion du «beau», au centre de bien des interrogations contemporaines. La seule certitude, finalement, c’est que Sean et Shauna s’aiment beaucoup.


Christian Caujolle


METHOD (MÉTHODE).

C’est une recherche personnelle et une externalisation de mon univers émotionnel et psychologique inexploré. Même si je suis un homme hétérosexuel, j’ai créé le personnage de Shauna comme une façon d’appréhender un domaine tourmenté et parfois intolérable. Dans mon travail, je présente Shauna, un transsexuel, aussi bien en public qu’en privé. Ses peurs, sa vanité et, parfois, son indifférence vis-à-vis de son entourage sont mis à nu. L’oeuvre se caractérise par une implication émotionnelle intense et est ponctuée de moments d’un désespoir accablant. Parfois irréelles, semblant venir d’un autre monde, les images sont aussi d’un réalisme dur. La série intègre la réalité et la fiction à travers Shauna, à la fois personne réelle et concept. Cette démarche a décelé dans mon travail les thèmes de l’isolement, du désir et du silence. Que ce soit sous les traits de Sean ou de Shauna, je continue d’explorer à la fois un paysage étranger et mon propre univers intérieur révolté.

La démarche par laquelle je me transforme en Shauna, puis de nouveau en Sean prend des heures et a un impact personnel considérable, aussi bien physiquement que mentalement. Method est un projet en cours.


Sean Lee


www.seanthephotographer.com

Tirages réalisés par DUPON Digital Lab.

Encadrements réalisés par Jean-Pierre Gapihan.

Sean Lee

Né en 1985 à Singapour, Singapour.

Vit et travaille à Singapour.


Sean Lee est un photographe d’art qui travaille à Singapour. Sa première exposition personnelle a lieu en 2007 à l’Objectifs Gallery de Singapour, ainsi qu’à l’Angkor Photo Festival (APF) à Siem Reap au Cambodge, où il a également remporté le prix spécial du jury pour la meilleure uvre créée par un participant à un stage APF. Sean est sélectionné parmi cinq artistes asiatiques par l’Asia Europe Foundation pour créer une série d’images pour une exposition intitulée Culture Experiments qui se déroule en février 2007 à Singapour. En juin 2008, Sean expose son projet actuel, Method – une exploration personnelle de son univers émotionnel et psychologique à travers la création d’un personnage fictif, joué par l’artiste – lors d’une exposition personnelle au Post-Museum de Singapour. Le travail de Sean figure dans des collections privées asiatiques.