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ÉDITION 2009

7 juillet - 13 septembre

Adrien Missika - Sans titre (rock) Space Between, 2007

Adrien Missika

présenté par MICHEL NURIDSANY

Né en 1938 à Neuilly, France. Vit et travaille en France.

Journaliste, directeur artistique des Rencontres d’Arles en 1995.


La photographie ne m’intéresse pas. Pas plus que les tubes de couleur, la terre cuite ou le marbre qui sert à faire les statues. Ce qui me plaît, m’amuse, m’étonne, me passionne, c’est l’art. Qu’il jaillisse et s’étende à travers la photo, la peinture, l’aquarelle, les détruisant ou les magnifiant, profondément, m’indiffère. Lorsque j’ai dirigé les Rencontres d’Arles en 1995, j’ai évacué le reportage, qui est du journalisme, j’ai invité des artistes utilisant la photographie et ouvert les Rencontres à la vidéo. Vivant confinées, elles avaient besoin d’air frais. C’était il y a treize ans. Aujourd’hui, ceux qui, utilisant la photo, m’intéressent, sont surtout ceux que les Becher ont formés en Allemagne et, en premier lieu, Thomas Demand. Je suis aussi très attentif à ce qui se passe en Chine où je vais depuis 1996. Dong Yonglong (22 ans), encore à l’École des Beaux-Arts de Pékin, me paraît mériter plus que de l’attention. Mais j’ai choisi de montrer ici Adrien Missika pour le trouble qu’il apporte, pour l’espèce de principe d’incertitude qu’il met en uvre dans des images de paysages dont on ne parvient pas à déceler si elles sont fabriquées ou prises sur le vif, et cela ni à première vue ni après, quand on a décidé ou découvert ce qu’il en était.

Goethe dit : «Le sujet, tout le monde le voit ; le fond n’apparaît qu’à ceux qui sont concernés ; quant à la forme c’est un mystère pour presque tous.» Pensée profonde qui me paraît au coeur de la façon dont ce jeune Français conçoit son art. Je l’ai rencontré à Bourges. Puis-je dire, ayant assez longuement discuté avec lui, que j’aime beaucoup le poison qui est en lui.


Michel Nuridsany


SPACE BETWEEN (INTERSTICES).

L’installation photographique Space Between (2007-2009) est composée d’images de natures diverses : documentaires, d’archives, fabriquées de toutes pièces, ou même téléchargées ou rephotographiéesOn peut voir des photographies de météorite en sagex, de faux cratères martiens ou d’un contre-jour sur bâche vinyle qui donne l’illusion d’un lever de soleil au-dessus d’une mer paisible. Cette série confronte notre désir de connaissance avec les vues d’un monde spatial factice ou réel. Les images n’offrent presque aucun repère spatio-temporel. L’histoire peut se jouer sur terre ou sur une autre planète, aujourd’hui ou dans un futur lointain. Çà et là, quelques traces humaines sont données à voir (une route en spirale, un cercle en béton) mais restent trop énigmatiques pour se situer dans le temps ou dans l’espace. Le projet est présenté sous forme d’un accrochage de photographies de formats différents mais tirées et encadrées de même manière. Cet accrochage brouille les pistes en intégrant certaines vues réelles à ces mises en scène. Essayant d’écrire une fiction en images, aucune hiérarchie n’est organisée entre le matériel trouvé, celui fabriqué ou bien celui pris sur site. Elles sont ainsi liées entre elles comme une planche de bande dessinée. Comme son nom l’indique, Space Between interroge « l’espace entre » ; l’espace entre les images et les objets (rapport à l’accrochage, à l’espace d’exposition) ; espace entre les images ellesmêmes. Ainsi, toutes ces photographies sont confondues sur un plan vertical, réunies en une même histoire.

Recherches sur les archétypes, la dysotopie du monde et la représentation graphique, le travail d’Adrien Missika « déréalise » le réel, pour ensuite l’imiter artificiellement en studio. Ce travail est aussi un moyen d’engager une réflexion sur le médium photographique et sa capacité à montrer la vérité.


Adrien Missika


www.adrienmissika.com

Adrien Missika est représenté par la galerie Blancpain Art contemporain, Genève.

Adrien Missika

Né en 1981 à Paris, France.

Vit et travaille à Genève, Suisse.


Débutant la photographie en 2001, à l’occasion d’un voyage au Maroc, il abandonne en 2003 ses études de droit pour se consacrer à la photographie. Ainsi, il part pour la Suisse et intègre l’École cantonale de Lausanne dont il sort diplômé du département photo en 2007.

Son travail a, entre autres, été exposé au Centre culturel suisse de Paris (Enclaves d’Europe, 2007), au Metro Square de Tokyo (Koban, 2007), au CosmoCaixa de Barcelone (Climax Redux, 2008) et à la Fette’s Gallery de Los Angeles (Le Flâneur, 2007), ainsi qu’à de nombreuses reprises à Lausanne et Genève, notamment à la galerie Blancpain Art Contemporain. Sa première exposition monographique, Fabriques, est présentée au Centre contemporain de Genève jusqu’en mai 2009. Adrien Missika présente sa récente exposition, HMI, au module du Palais de Tokyo, Paris, commissariat Julien Fronsacq, jusqu’à la fin de l’été.

Adrien Missika est par ailleurs depuis 2006 l’un des cofondateurs et coprogrammateurs de l’espace d’art Galerie 1m3 à Lausanne.