présenté par MICHEL NURIDSANY
Né en 1938 à Neuilly, France. Vit et travaille en France.
Journaliste, directeur artistique des Rencontres d’Arles en 1995.
La photographie ne m’intéresse pas. Pas plus que les tubes de couleur, la terre cuite ou le marbre qui sert à faire les statues. Ce qui me plaît, m’amuse, m’étonne, me passionne, c’est l’art. Qu’il jaillisse et s’étende à travers la photo, la peinture, l’aquarelle, les détruisant ou les magnifiant, profondément, m’indiffère. Lorsque j’ai dirigé les Rencontres d’Arles en 1995, j’ai évacué le reportage, qui est du journalisme, j’ai invité des artistes utilisant la photographie et ouvert les Rencontres à la vidéo. Vivant confinées, elles avaient besoin d’air frais. C’était il y a treize ans. Aujourd’hui, ceux qui, utilisant la photo, m’intéressent, sont surtout ceux que les Becher ont formés en Allemagne et, en premier lieu, Thomas Demand. Je suis aussi très attentif à ce qui se passe en Chine où je vais depuis 1996. Dong Yonglong (22 ans), encore à l’École des Beaux-Arts de Pékin, me paraît mériter plus que de l’attention. Mais j’ai choisi de montrer ici Adrien Missika pour le trouble qu’il apporte, pour l’espèce de principe d’incertitude qu’il met en uvre dans des images de paysages dont on ne parvient pas à déceler si elles sont fabriquées ou prises sur le vif, et cela ni à première vue ni après, quand on a décidé ou découvert ce qu’il en était.
Goethe dit : «Le sujet, tout le monde le voit ; le fond n’apparaît qu’à ceux qui sont concernés ; quant à la forme c’est un mystère pour presque tous.» Pensée profonde qui me paraît au coeur de la façon dont ce jeune Français conçoit son art. Je l’ai rencontré à Bourges. Puis-je dire, ayant assez longuement discuté avec lui, que j’aime beaucoup le poison qui est en lui.
Michel Nuridsany
SPACE BETWEEN (INTERSTICES).
L’installation photographique Space Between (2007-2009) est composée d’images de natures diverses : documentaires, d’archives, fabriquées de toutes pièces, ou même téléchargées ou rephotographiéesOn peut voir des photographies de météorite en sagex, de faux cratères martiens ou d’un contre-jour sur bâche vinyle qui donne l’illusion d’un lever de soleil au-dessus d’une mer paisible. Cette série confronte notre désir de connaissance avec les vues d’un monde spatial factice ou réel. Les images n’offrent presque aucun repère spatio-temporel. L’histoire peut se jouer sur terre ou sur une autre planète, aujourd’hui ou dans un futur lointain. Çà et là, quelques traces humaines sont données à voir (une route en spirale, un cercle en béton) mais restent trop énigmatiques pour se situer dans le temps ou dans l’espace. Le projet est présenté sous forme d’un accrochage de photographies de formats différents mais tirées et encadrées de même manière. Cet accrochage brouille les pistes en intégrant certaines vues réelles à ces mises en scène. Essayant d’écrire une fiction en images, aucune hiérarchie n’est organisée entre le matériel trouvé, celui fabriqué ou bien celui pris sur site. Elles sont ainsi liées entre elles comme une planche de bande dessinée. Comme son nom l’indique, Space Between interroge « l’espace entre » ; l’espace entre les images et les objets (rapport à l’accrochage, à l’espace d’exposition) ; espace entre les images ellesmêmes. Ainsi, toutes ces photographies sont confondues sur un plan vertical, réunies en une même histoire.
Recherches sur les archétypes, la dysotopie du monde et la représentation graphique, le travail d’Adrien Missika « déréalise » le réel, pour ensuite l’imiter artificiellement en studio. Ce travail est aussi un moyen d’engager une réflexion sur le médium photographique et sa capacité à montrer la vérité.
Adrien Missika
www.adrienmissika.com
Adrien Missika est représenté par la galerie Blancpain Art contemporain, Genève.