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ÉDITION 2009

7 juillet - 13 septembre

Éric Rondepierre - Rixe, série Parties Communes (2005-2007)

Eric Rondepierre

présenté par LOUIS MESPLÉ

Né en 1949 à Toulouse. Vit et travaille en France.

Journaliste, critique, chroniqueur photo sur le site rue89, ancien directeur artistique des Rencontres africaines de Bamako.

Directeur artistique des Rencontres d'Arles de 1991 à 1993.


ÉRIC RONDEPIERRE OU L’IMAGE (QUI) NE FINIT JAMAIS.

La fascination pour les images d’Éric Rondepierre vient de ce qu’elles ne sont jamais finies. Entendons-nous bien. Je veux dire qu’elles ne finissent jamais tant leur construction, leurs références et leurs évocations, leurs inventions ouvrent infiniment plus de portes que Lemmy Caution dans Alphaville. Toute image de Rondepierre est un scénario mis en abyme. Les signes renvoient aux signes, provoquent en cascade un amoncellement de sens enchérissant à leur tour sur le récit générique. Photographe, Rondepierre? C’est plausible. Homme d’images, c’est certain. En tout cas, toutes les images produites passent par tous les états de la photographie. Au début, le film. C’est un petit bout de pellicule, un photogramme, orphelin de la projection, un bout de gélatine dégradée, un rebut, qui recèle encore tout juste les traces d’une histoire. Rondepierre fait alors oeuvre d’archéologue aux sources de la matière et du sujet. Nous sommes dans un authentique et concret retour sur image. Commence alors la transmutation du photogramme relativement déchu, relégué, en photographie brillante, complexe, très contemporaine. Ce passage est l’acte de recherches transversales, d’accouplements entre différentes expressions, diverses pratiques telles que la danse, le théâtre, la peinture ; le cinéma et la photographie, cela va de soi ; la littérature, surtout (le photographe est aussi un écrivain, un romancier). Dans le même processus, il se sert de ses photographies prises au quotidien et n’hésite pas à utiliser l’outil numérique. À la fin, chaque pièce proposée par Éric Rondepierre forme des séries où le romanesque, l’humour, la fiction sont des ressorts narratifs essentiels pour la plongée dans l’image sans fin.


Louis Mesplé


La salle de cinéma est un lieu « où le monde réel se change en simple image », où « les simples images deviennent des êtres réels », le lieu d’une hallucination sociale où s’organise une « défaillance de la faculté de rencontre » (Guy Debord). Éric Rondepierre s’attache à ces « êtres réels » pour restaurer les conditions d’une possible rencontre. Il organise ainsi la «Revanche du spectateur » en arrachant des images au flux des longs-métrages de fiction sans intervenir dessus. Ralenti, arrêtsur- image, vol par extraction, détournement. Pétrir la matière cinématographique pour en faire ressortir la violence archaïque, l’inquiétante étrangeté ou l’humour involontaire. Il ne prélève que le 24e de seconde qui témoigne d’une rencontre inédite entre l’image de film et des éléments marginaux parasitaires qui la déplacent hors de sa sphère d’influence. Se dessine alors un projet « critique » qui se décline en plusieurs séries. Il peut s’agir de l’entente secrète et inattendue d’un photogramme noir avec le sous-titrage (Excédents), d’une image de film avec les textes publicitaires des génériques de bandes annonces (Annonces), ou avec les accidents (taches, effacements) dus à la corrosion de la pellicule (Moires). Aussi bien d’un recadrage entre deux photogrammes (Suites), de la confrontation de ceux-ci avec le texte d’un de ses livres utilisé comme trame (Loupe/Dormeurs), ou encore avec des images issues de son quotidien (Agendas) qu’il croise avec des images de film (Parties communes). Chaque élément hétérogène vient s’intégrer à l’économie de l’image filmique pour en renouveler le sens et le statut. Façon de «dévoiler» des images autres, images qui, par leur « haute densité de présence symbolique, () vampirisent l’éclat imaginaire du cinéma » (Thierry Lenain).


Évence Verdier


www.ericrondepierre.com

Tirages réalisés par DUPON Digital Lab.

Eric Rondepierre

Né en 1950 en France.

Vit et travaille en France.


Éric Rondepierre a suivi une formation pluridisciplinaire à l’université des Beaux-Arts de Paris.

D’abord comédien, il se dirige ensuite vers un travail photographique lié au cinéma. Depuis le début des années 1990, son activité artistique joue sur les rapports dynamiques qu'entretiennent ces deux pratiques. Tandis que son uvre photographique s’impose en France (avec le concours de la galerie Michèle Chomette) et à l'étranger (il figure notamment dans les grandes collections américaines), il commence un travail d'écriture en 1995 dont le sujet est son propre travail. Celui-ci consiste à extraire certains photogrammes (des images qui apparaissent sur l’écran 1/24è de seconde, invisibles lors d’une projection normale) pour ensuite les proposer sous la forme de tirages photographiques grand format. Au sein de ce processus de reproduction, chaque série développe une recherche spécifique. À partir de 2002, le travail se diversifie : l’artiste utilise ses propres images qu’il recompose avec ses textes, ses dessins ou encore avec des images de cinéma qu’il s’approprie.

Il est professeur associé à l’université de Paris 1 depuis 1996.