présenté par LOUIS MESPLÉ
Né en 1949 à Toulouse. Vit et travaille en France.
Journaliste, critique, chroniqueur photo sur le site rue89, ancien directeur artistique des Rencontres africaines de Bamako.
Directeur artistique des Rencontres d'Arles de 1991 à 1993.
ÉRIC RONDEPIERRE OU L’IMAGE (QUI) NE FINIT JAMAIS.
La fascination pour les images d’Éric Rondepierre vient de ce qu’elles ne sont jamais finies. Entendons-nous bien. Je veux dire qu’elles ne finissent jamais tant leur construction, leurs références et leurs évocations, leurs inventions ouvrent infiniment plus de portes que Lemmy Caution dans Alphaville. Toute image de Rondepierre est un scénario mis en abyme. Les signes renvoient aux signes, provoquent en cascade un amoncellement de sens enchérissant à leur tour sur le récit générique. Photographe, Rondepierre? C’est plausible. Homme d’images, c’est certain. En tout cas, toutes les images produites passent par tous les états de la photographie. Au début, le film. C’est un petit bout de pellicule, un photogramme, orphelin de la projection, un bout de gélatine dégradée, un rebut, qui recèle encore tout juste les traces d’une histoire. Rondepierre fait alors oeuvre d’archéologue aux sources de la matière et du sujet. Nous sommes dans un authentique et concret retour sur image. Commence alors la transmutation du photogramme relativement déchu, relégué, en photographie brillante, complexe, très contemporaine. Ce passage est l’acte de recherches transversales, d’accouplements entre différentes expressions, diverses pratiques telles que la danse, le théâtre, la peinture ; le cinéma et la photographie, cela va de soi ; la littérature, surtout (le photographe est aussi un écrivain, un romancier). Dans le même processus, il se sert de ses photographies prises au quotidien et n’hésite pas à utiliser l’outil numérique. À la fin, chaque pièce proposée par Éric Rondepierre forme des séries où le romanesque, l’humour, la fiction sont des ressorts narratifs essentiels pour la plongée dans l’image sans fin.
Louis Mesplé
La salle de cinéma est un lieu « où le monde réel se change en simple image », où « les simples images deviennent des êtres réels », le lieu d’une hallucination sociale où s’organise une « défaillance de la faculté de rencontre » (Guy Debord). Éric Rondepierre s’attache à ces « êtres réels » pour restaurer les conditions d’une possible rencontre. Il organise ainsi la «Revanche du spectateur » en arrachant des images au flux des longs-métrages de fiction sans intervenir dessus. Ralenti, arrêtsur- image, vol par extraction, détournement. Pétrir la matière cinématographique pour en faire ressortir la violence archaïque, l’inquiétante étrangeté ou l’humour involontaire. Il ne prélève que le 24e de seconde qui témoigne d’une rencontre inédite entre l’image de film et des éléments marginaux parasitaires qui la déplacent hors de sa sphère d’influence. Se dessine alors un projet « critique » qui se décline en plusieurs séries. Il peut s’agir de l’entente secrète et inattendue d’un photogramme noir avec le sous-titrage (Excédents), d’une image de film avec les textes publicitaires des génériques de bandes annonces (Annonces), ou avec les accidents (taches, effacements) dus à la corrosion de la pellicule (Moires). Aussi bien d’un recadrage entre deux photogrammes (Suites), de la confrontation de ceux-ci avec le texte d’un de ses livres utilisé comme trame (Loupe/Dormeurs), ou encore avec des images issues de son quotidien (Agendas) qu’il croise avec des images de film (Parties communes). Chaque élément hétérogène vient s’intégrer à l’économie de l’image filmique pour en renouveler le sens et le statut. Façon de «dévoiler» des images autres, images qui, par leur « haute densité de présence symbolique, () vampirisent l’éclat imaginaire du cinéma » (Thierry Lenain).
Évence Verdier
www.ericrondepierre.com
Tirages réalisés par DUPON Digital Lab.