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ÉDITION 2009

7 juillet - 13 septembre

Robert Delpire

Robert Delpire

DELPIRE & CIE

Il y a deux ans, (ou un peu plus), mes amis François Hébel et Jean-Luc Monterosso m’ont proposé de présenter une rétrospective de ce que nous avons fait depuis cent vingt-sept ans (ou un peu moins) jusqu’à aujourd’hui. Peu porté sur les hommages et les médailles, j’ai dit que non, vraiment non. Durant ces quelques années qui me restent, je préfère continuer à bricoler dans l’incurable, avec Cioran. En plus, c’est dangereux d’aller de l’avant et de regarder en arrière. Ils ont accepté mon argument. Sans y adhérer.

Mais, au fil des mois, mes proches ont relancé un débat que je croyais clos. C’est à qui me persuaderait d’accepter une offre comme celle-là. Certains ont même ajouté qu’il serait plaisant d’investir simultanément Arles et la Maison Européenne de la Photographie. Peu convaincu, j’ai cherché une raison qui justifierait une telle décision. Puis, un jour, persuadé avec Voltaire qu’il est plus sûr de n’être sûr de rien, il m’est venu à l’esprit que j’avais souvent dit et écrit qu’un éditeur n’est pas un artiste mais un «passeur» entre un amont et un aval, entre les écrivains, peintres ou photographes et les artisans qui matérialisent leurs oeuvres. Que, pour moi, chaque maillon de cette longue chaîne, qui va d’un manuscrit ou d’un négatif jusqu’au livre, a son importance.

Et j’ai compris que cette rétrospective pourrait me donner l’occasion de remercier les auteurs et les acteurs de l’aventure passionnante qu’est l’édition. Je pouvais vanter les talents de mes amis artistes et saluer mes amis artisans qui assurent leur pérennité.

Je suis donc revenu vers François et Jean-Luc et ai suggéré un titre à cette exposition. Mille Mercis fut accepté avec soulagement et considéré comme définitif. Jusqu’à ce que, fouillant dans un dossier où je ne cherchais rien, j’ai trouvé deux mots mis en forme par Herb Lubalin qui m’offrait un titre simple et fédérateur.

Car Delpire & Cie dit bien que je ne suis pas le seul concerné, que les assistants, graphistes, typographes, spécialistes en fabrication ou en électronique, et aussi les photograveurs, les imprimeurs, les relieurs, les accrocheurs seraient impliqués.

« La nave va », dit Fellini et tout ce petit monde qui est le mien ramerait donc avec moi, pour faire de cette exposition ce que, j’espère, elle sera : un grand MERCI.

Et plutôt que d’éditer un gros catalogue comme il est d’usage pour les manifestations dites muséales, je préfère trois petits livres au format dont je ne cesse d’apprécier les vertus, depuis qu’au Centre National de la Photographie, grâce à Jack Lang, nous avons créé la collection Photo Poche.

Alors, bonne visite.


Robert Delpire


Cette exposition, coproduite par les Rencontres d’Arles, la Maison Européenne de la Photographie et Idéodis, est consacrée à la carrière de Robert Delpire et retrace les multiples facettes de son parcours d’éditeur, de directeur artistique, de commissaire d’expositions et de producteur de films. Elle témoigne de sa contribution à la mise en valeur et à la reconnaissance de la photographie au cours des dernières décennies. L’exposition rassemble environ 500 photographies (tirages expo, agrandissements, reproductions, etc.), 150 documents originaux (livres, revues, catalogues, objets, etc.) et de nombreux vintages. Elle sera présentée à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, du 28 octobre 2009 au 24 janvier 2010.

L’exposition a été conçue par Robert Delpire et réalisée avec le concours de Mike Derez et Alexandra Delabie pour la scénographie de l’équipe d’Idéodis création, Caroline Milic, Elsa Belaieff, Georges—Emmanuel Arnaud de Pictorial Service, François George pour les tirages de Circad, Patrick Bouteloup pour les encadrements.

Suivi de production : Les Rencontres d’Arles

Coordination du projet : Agnès Gagnès

Le film “Le montreur d’images, Robert Delpire” réalisé par Sarah Moon avec la collaboration de Julie Martinovic pour le montage et avec l’amicale participation d’Erik Orsenna, accompagne l’exposition.


Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès, PICTO et Circad.

Robert Delpire

Né en 1928 en France.

Vit et travaille en France.


Destiné à la médecine, mais irrémédiablement tourné vers les arts, Robert Delpire crée à 23 ans Neuf, une revue d’art destinée aux médecins et y réunit André Breton et Prévert, Miller et Picasso, Michaux et Sartre. Dès le début des années 1950, il publie en tant qu’éditeur ceux qui deviendront les plus grands noms de la photographie : Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau, Lartigue, Bischof. Et en 1958, il publie Les Américains de Robert Frank.

Médaille d'or des Arts Graphiques, Robert Delpire remporte plusieurs fois le prix Nadar et crée en 1955 la formule visuelle de la revue L'il dont il assurera, 8 années durant, la direction artistique.

Au début des années 1960, il ouvre une galerie où seront exposés Smith, Koudelka, Kühn, Sander, Michals, Bourdin et crée une agence de publicité qui traite, au sein du groupe Advico, de nombreux budgets internationaux. Directeur de création, il a reçu deux fois le Grand Prix de la publicité (BNP et Citroën).

Producteur de films (Corps profond, de Lalou et Barrère ; Cassius le Grand et Qui êtes-vous Polly Magoo de William Klein, prix Jean Vigo 1967), Robert Delpire réalise de nombreux films publicitaires et, pour la télévision, un film de 30 minutes sur l'uvre d'Henri Cartier-Bresson.

En juillet 1982, il est nommé par Jack Lang, ministre de la Culture, à la tête du Centre National de la Photographie. Il y crée et publie Photo Poche, la première collection de livres de poche consacrés à la photographie, réalise des émissions de télévision (Une minute pour une image, Contacts) et des films. Ce sont 150 expositions thématiques (Identités, Botanica, Vanités, etc.) ou monographiques (Irving Penn, Robert Frank, William Klein, etc.) qui circulent à travers le monde.

En 1996, il démissionne du CNP et signe un accord de coproduction et de distribution avec les éditions Nathan qui rachètent Photo Poche, devenue la collection de livres photographiques la plus vendue dans le monde et dont Robert Delpire conserve la direction. Un important programme de publications (Maestro, Essentiellement, Naturalia) concrétise cette collaboration.

Directeur artistique de la galerie Fait & Cause spécialisée dans les sujets sociaux, il organise et met en forme des expositions pour les grands musées (São Paulo, Palais des Expositions à Rome, musées d'Helsinki, du Luxembourg à Paris où La terre vue du ciel remporte un succès sans précédent dans l'histoire de la photographie). La dernière en date est la rétrospective complète d'Henri Cartier-Bresson (Bibliothèque nationale de France, 2003) qui circule à travers le monde.

Robert Delpire est commandeur des Arts et Lettres.