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ÉDITION 2010

3 juillet - 19 septembre

Ignacy Stanislaw Witkiewicz - Autoportrait avec lampe, 1913

Un parcours dans la collection photographique
de Marin Karmitz

TRAVERSES

Homme d’images s’il est en est, Marin Karmitz, cinéaste, producteur, créateur et animateur du réseau de salles MK2, est d’abord connu pour sa relation passionnée à l’image en mouvement. On sait moins que celui qui fut également photographe au temps de son engagement politique militant a réuni, à côté d’une collection exceptionnelle d’uvres d’art qui reste son jardin secret, une collection photographique tout à fait originale.

Elle est d’abord constituée d’ensembles cohérents et copieux qui disent sa fidélité à des artistes dont il suit et accompagne passionnément la création en mouvement. Et elle refuse de se plier aux distinctions factices entre « art » et « documentation » qui empoisonnent, depuis si longtemps, la perception de la photographie. C’est ainsi que, de façon tout à fait naturelle, Christer Strömholm côtoie Christian Boltanski, qu’Antoine d’Agata dialogue avec Chris Marker, qu’Annette Messager rencontre Johan van der Keuken ou qu’Anders Petersen et Abbas Kiarostami voisinent avec Gotthard Schuh et bien d’autres. Mais cette constance dans l’attention amicale à des uvres en train de se construire n’exclut en rien les coups de cur pour des pièces isolées qui, toutes, entrent en écho avec des préoccupations, à la fois esthétiques et éthiques, de celui qui vit au quotidien avec les images qu’il a acquises. Kertèsz ou Doisneau, Brassaï et Michael Ackerman, Larry Fink et Douglas Gordon, Hiroshi Sugimoto, Shirin Neshat ou Miroslav Tichy s’entendent à merveille dans une vision qui se préoccupe tout autant de l’homme, des sentiments, du temps que de la sincérité à l’uvre dans la création. Et les échos au cinéma, non calculés, sont nombreux, essentiels certainement.

Une collection, dans la générosité du partage qu’implique son exposition au public, est aussi une manière de se dévoiler, de se dire. De se confier ? Sans doute, mais ici sans narcissisme mais dans l’affirmation de choix, d’une façon de percevoir et de voir.

C’est ce que veut tenter de respecter et de mettre en avant un parcours, d’étape en étape, d’artiste en artiste, où chacun conserve sa singularité et son autonomie alors même qu’il est en train de participer à l’élaboration et à l’affirmation d’un point de vue global.


Christian Caujolle, commissaire associé de l’exposition.

Marin Karmitz

Marin Karmitz est né le 7 octobre 1938. Diplômé de l’IDHEC en tant qu’opérateur, il est d’abord assistant réalisateur des cinéastes Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Jacques Rozier.

En 1964, il réalise son premier court-métrage, Nuit noire Calcutta, d’après un scénario de Marguerite Duras. En 1966, il travaille avec Samuel Beckett à l’adaptation de Comédie, film qui fera scandale et sera primé 40 ans plus tard à la Biennale d’Art de Venise. Le premier long-métrage de Marin Karmitz, en 1967, est Sept Jours Ailleurs, avec Jacques Higelin, également sélectionné à la Mostra.

En 1974, Marin Karmitz crée sa propre maison de production, MK2, et y adjoint rapidement une structure de distribution. En trente ans, il produit plus de cent films et en distribue près de trois cent cinquante. Godard, Resnais, Chabrol, Louis Malle, Kieslowski, Kiarostami, Paolo et Vittorio Taviani, Angelopoulos, Gus Van Sant, Jonathan Lossiter, Ken Loach, Jacques Doillon, Pavel Lounguine, Hong Sang Soo, Haneke et, tout dernièrement, le film en cours de production d’Abdelatif Kechiche ont été accueillis chez MK2. Un palmarès impressionnant a couronné ces films : trois Palmes d’Or à Cannes, trois Lions d’Or à Venise, un Ours d’Or à Berlin, trois nominations aux Oscars, vingt-cinq Césars et plus d’une centaine de prix dans les festivals Internationaux.

De nombreuses manifestations officielles ont rendu hommage au travail de Marin Karmitz depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui : la Cinémathèque Française, le Centre Georges Pompidou, le MoMA, les cinémathèques de Tel Aviv, Madrid, Munich et Boulogne, etc. Marin Karmitz a également reçu des nombreux prix pour sa carrière de producteur à travers le monde.

Très impliqué dans l’art contemporain, il a présidé le Centre d’Art contemporain du Château d’Oiron de 1991 à 1996, a été nommé vice-président des Amis du Musée du Jeu de Paume jusqu’en 2004, a été membre du jury du Prix Altadis Arts Plastiques et du jury du Premier Prix Marcel Duchamp et est membre du jury Prix Artcurial du livre d'art contemporain.

En 1995, il a publié un livre de mémoires intitulé Bande à part. Et en 2003, chez Hachette Littérature, un livre d’entretiens avec Stéphane Paoli, Profession Producteur.

Président du groupe Création culturelle, compétitivité, cohésion sociale du XIe Plan en 1992, membre de la Commission pour la nouvelle télévision publique (Commission Copé) en 2008, il est nommé par le président de la République Nicolas Sarkozy délégué général du Conseil pour la création artistique en janvier 2009.

Il a été commissaire de l’exposition Silences au musée d’Art moderne et contemporainede Strasbourg du 17 avril au 20 août 2009, reprise au musée d’Art moderne et contemporain Berardo à Lisbonne, fin octobre 2009. Marin Karmitz préside la Chambre Philarmonique depuis 2004. Il présente pour la première fois sa collection de photographies riche de plus de 200 uvres lors des Rencontres d’Arles 2010.