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ÉDITION 2010

3 juillet - 19 septembre

Michel Campeau - Sans-titre, 7953 [Niamey, Niger], Dans la chambre noire, 2005-2009

Michel Campeau

PHOTOGÉNIE DU LABORATORIUM

Les Chambres noires


Insolite, certes, mais ô combien sensuelle, la série Chambres noires de Michel Campeau suscite une émotion à la fois incisive et diffuse : une exquise mélancolie. Ce projet amorcé il y a un peu plus de quatre ans saisit ce momentum de la mort annoncée d’une pratique artisanale de la photographie. Et si l’exploration de ces précieuses chambres noires le mène au constat d’un rituel fondamentalement universel, y prélever leurs traces mnésiques, personnelles et culturelles lui confirme la résistance et surtout cette résilience bien ancrée chez les maîtres artisans de la photographie argentique.

Défenseur invétéré d’une vérité intrinsèque de l’image, Michel Campeau nous invite à en « écouter » les révélations. Aussi nous rappelle-t-il que, à bien des égards, l’expérience du photographique se rapproche intimement de l’analyse psychanalytique. La chambre noire, où se déploie et s’ordonne la source de matériaux plus ou moins volontairement accumulés, n’est-elle pas la métaphore par excellence d’un inconscient toujours à l’uvre bien malgré lui ? La chambre noire serait au photographe ce que le cabinet de consultation est à l’analyste ; des espaces réservés aux seuls initiés.

« [...] Les images de Michel Campeau sont ainsi archéologiques et doublement : elles sont historiennes et psychanalytiques. Elles retournent aux origines historiques de la photographie comme à ses origines psychologiques, elles en manifestent tout l’archaïsme, l’archaïsme technologique, celui de son invention au début du xixe siècle, l’archaïsme fantasmatique, celui de la scène originaire, que la photographie rejoue inlassablement. Mais paradoxalement, en même temps qu’elles contribuent à l’historicisation et à la psychanalyse de la photographie, qu’elles en montrent l’obsolescence et la régression, ces images continuent néanmoins d’y participer. [...]* »

Qu’elles soient réalisées dans l’obscurité totale, à l’aide d’une lampe frontale, à la lueur de lampes inactiniques ou tout simplement lorsque les ampoules d’éclairage du lieu sont allumées, ces images semblent provenir d’un au-delà, de l’au-delà de la lucidité. En procédant « à l’aveuglette », par tâtonnements visuels et au gré des captations du flash électronique, Campeau incorpore à sa pratique quelque rapport ou référence à une métaphysique du toucher.

Avec ses Chambres noires, Michel Campeau nous convie à réfléchir au phénomène photographique lui-même : sa chimie, sa technique, son historicité, sa vérité. Aussi nous place-t-il devant l’évidence que la photographie est en mesure de s’autoanalyser et de se régénérer d’elle-même. Et si la photographie ne saurait mourir qu’à compter du moment où il n’y aurait plus rien à en dire ? En attendant, et jusqu’à nouvel ordre, elle vit, persiste et fait signe.


Céline Mayrand


1 Olivier Asselin, Darkroom : Michel Campeau, Ciel variable, no 79, Montréal, été 2008, p. 60.


www.campeauphoto.com


Michel Campeau est représenté par la galerie Simon Blais, Montréal.

Michel Campeau a bénéficié de l’appui du Conseil des Arts du Canada pour cette exposition.

Exposition réalisée avec le soutien de la Délégation générale du Québec à Paris et le Centre photographique d’Ile-de-France, Pontault-Combault.

Encadrements réalisés par Circad.

Projection réalisée par Olivier Koechlin et François Girard, avec une création musicale de Dominique Besson.


Michel Campeau

Né en 1948. Vit et travaille à Montréal.


Les travaux de Michel Campeau jalonnent les quatre dernières décennies de la photographie contemporaine. Soucieux de les inscrire dans une intériorité à contre-courant du médium, et en rupture avec les conventions du documentaire, il expérimente à travers ses uvres les dimensions subjectives, narratives et ontologiques de la photographie. En 1994, Michel Campeau remporte le Prix international de la Photographie d’Higashikawa au Japon. Un survol rétrospectif intitulé les Images volubiles – Travaux photographiques, 1971-1996 a été organisé par le musée canadien de la Photographie contemporaine à Ottawa en 1996. En 2004, Plein Sud, centre d’exposition en art actuel à Longueuil a présenté l'exposition Arborescences. Beauté et paradoxes. La monographie DARKROOM, qui a été publiée en 2007 par les éditions Parr/Nazraëli Press a fait l’objet d’un dossier exclusif paru dans le magazine new-yorkais Aperture. La photographie alors utilisée pour illustrer de la page couverture fait désormais partie du programme Limited-Edition Photographs de la Fondation Aperture. Ses uvres sur les chambres noires ont été sélectionnées par le photographe et commissaire invité Martin Parr pour l'exposition New Typologies présentée lors du New York Photo Festival à Brooklyn en 2008. Lauréat de nombreuses bourses de recherche et de création et auteur de nombreuses monographies, Michel Campeau a reçu la bourse Jean-Paul Riopelle octroyée par le Conseil des arts et des lettres du Québec en 2009-2010. L’artiste est représenté par la galerie Simon Blais et ses uvres font partie de nombreuses collections muséales et institutionnelles.