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ÉDITION 2010

3 juillet - 19 septembre

Wolfgang Tillmans

Né en 1968 à Reimscheid en Allemagne, Wolfgang Tillmans, qui vit aujourd’hui entre Londres et Berlin, étudie en Grande-Bretagne, puis découvre la scène anglaise lors d’un premier séjour en 1983. Il est séduit par la musique de Boy George, les pochettes de disques inventées par Peter Saville pour New Order, l’impertinence des magazines branchés comme The Face et i-D. De retour en Allemagne, il commence à travailler pour des revues de mode, avant de collaborer en 1988 avec l’équipe d’i-D dirigé par son iconoclaste directeur artistique Terry Jones. « Je suis devenu photographe sans m’en apercevoir » raconte t’il. Le monde de la presse, de mode ou underground, est la porte d’entrée conduisant à ses propositions plastiques à venir. Il en extrait des principes qui lui permettent de construire une uvre photographique totalement novatrice, un récit d’images en expansion s’échappant de la maquette du journal pour exister dans l’espace tridimensionnel de l’espace d’exposition. Ces images qu’il compose, recadre, réarrange, permute, associe, dissocie, en une constellation toujours renouvelée ; sa prédilection pour la technique d’impression au jet d’encre ainsi que pour le potentiel créatif offert par la photocopie s’ancrent dans ses années de formation. Les slogans du punk – Do It Yourself, Search & Destroy – transparaissent dans cette recherche expérimentale exigeante permettant la genèse de l’uvre. « Je zoomais dans les photographies, détruisant, dissolvant leur surface », explicite t’il. Il considère que « l’image est un bon point de départ pour penser le monde » et les clichés de ses modèles, qu’ils soient célèbres ou inconnus, telle son iconique série consacrée à ses amis Lutz et Alex publiée en 1992 par i-D, dressent le portrait de la génération post-punk, qui, au-delà de l’affirmation d’un certain look, révèle une position à la fois libertaire et poétique, cherchant dans les franges de la marginalité, les free party, la contestation politique et le sexe, une nouvelle façon d’habiter le monde et la société. « Le Paradis c’est peut-être quand tu oublies ton ego – la perte de soi, pour faire partie d’un amas d’autres corps », confie Tillmans en échos au puissant infra langage de ces corps blottis, entremêlés comme dans une danse, qui habitent souvent ses uvres, telle Lutz, Alex, Suzanne&Christophe on Beach, 1993, explicitant, par l’image, la portée universelle de son projet artistique : « [si] une chose semble réelle, alors elle gagne en puissance parce que les gens croient qu’elle est réellement arrivée. Je suis à la recherche d’une authenticité de l’intention, mais je n’ai jamais recherché l’authenticité du sujet, je suis à la recherche d’une vérité universelle, mais pas de la vérité de tel moment particulier. »

Emma Lavigne


Exposition réalisée avec la collaboration de la galerie Chantal Crousel, Paris.