Née en 1972, Meredyth Sparks vit et travaille à New York, aux États-Unis. Elle développe une pratique artistique démultipliant avec brio le potentiel plastique du détournement d’images, de la réappropriation de photographies datant souvent de la décennie qui l’a vue naître et qui a été celle de l’apogée et du déclin des utopies politiques et de la contre-culture. Des pochettes de disques de Roxy Music qu’elle lacère pour en extraire ces corps féminins glorifiés à l’heure du glam-rock et de la libération sexuelle aux clichés photographiques de David Bowie, époque Aladdin Sane, pris par Mick Rock qu’elle mixe à la rigueur graphique du constructivisme, Meredyth Sparks réactive les stratégies plastiques du punk, de la jubilation du Do-It-Yourself, aux citations historicistes précisément convoquées, de la subversion des images à leur irréductible séduction. Interrogée par Nicolas Bourriaud dans la monographie qui lui a été consacrée en 2009 (Monografik Editions), elle précise : « La contre-culture et son apparente disparition est une question complexe : il faut prendre en compte le fait que tous les mouvements de la première génération du punk ou du post-punk fonctionnaient en tant que collectif – un tout monolithique. Ce dont je me souviens, en grandissant dans les années 1980 et au début des années 1990, c’est qu’aux États-Unis, il y avait une diversité de mouvements politiques et sous-culturels, chacun possédant son propre point de vue politique avec sa complexité, son iconographie visuelle, ses idiosyncrasies. De nombreux mouvements rassemblés sous l’égide du punk (hardcore, glam, straight-edge, punk britannique ou prolétaire, etc.) semblaient souvent plus en colère l’un contre l’autre que contre le pouvoir en place (sans parler de l’impossibilité d’expliquer les Sex Pistols, les Clash ou Crass au sein d’une unique métanarration), mais j’avoue que l’attrait de cette période est en partie dû à la manière, jamais vue depuis, dont ces artistes ont aidé à faire reconnaître des idées politiques et une certaine notion de la résistance (). Les collages mettent en évidence la distance que j’ai ressentie vis-à-vis de ces mouvements durant mon adolescence. S’il y avait bien une scène punk à Knoxville, elle était à des années-lumière de la mode et de la politique de New York ou de Los Angeles. Ainsi le punk et les idéologies de la contre-culture me sont apparus – et je ne suis sans doute pas la seule – comme filtrés par un regard historique ou culturel. Les disques, les fanzines que je collectionnais m’apportaient une forme succédanée de communion avec ces mouvements, mais ces documents, surtout au niveau du graphisme, semblaient déjà figés dans l’histoire et m’apparaissaient comme très loin de ma propre expérience. Les grilles ou les cartes présentes dans mon travail sont peut-être une manière de rattraper cet écart historique ou de créer un système de signification plus cohérent en relation à ces images ; j’espère qu’elles n’évoquent pas une forme réductrice de nostalgie. »