Ajax loader

ÉDITION 2010

3 juillet - 19 septembre

Christian Marclay

L’uvre de Christian Marclay, artiste américain né en 1955, révèle, au-delà de son inscription dans une trajectoire reliant Marcel Duchamp au pop art et à Fluxus, une énergie punk qui lui confère une dimension éminemment subversive. La permanence de l’esthétique punk dans son uvre, des premières performances en 1979 à son installation Crossfire (2007), est remarquable et peut s’expliquer à la fois par la force et la richesse de suggestions musicales et scéniques du punk qu’il découvre en arrivant à New York en 1978, alors qu’il est étudiant en art, avec des groupes et des musiciens comme DNA, Mars, Lydia Lunch, Glenn Branca. The Kitchen, sous la direction musicale de Rhys Chatam, le CBGB et le Mudd Club sont fréquentés par les musiciens comme par les jeunes artistes, alors exclus du réseau des galeries d’art. La découverte de Sid Vicious, que Marclay voit en concert au Max’s Kansas City – après la séparation du groupe Sex Pistols – a sur lui un impact considérable. La guitare électrique est l’unique protagoniste de Guitar Drag (2000), scénario qui confronte le public plongé dans le noir dans un face-à-face avec une image occupant tout l’espace de projection. Le son de ce solid body traîné par un camion et qui se fracasse sur le sol du désert texan est saturé par un puissant ampli qui fait hurler l’instrument. Guitar Drag n’est pas une performance Fluxus, bien que Marclay ait été marqué par ce mouvement. C’est une performance de « body art », un mix des Electric Chair et des Car Crash d’Andy Warhol. Un sacrifice dont la rage renvoie aux corps à corps de Jimi Hendrix, des Who, des Sex Pistols ou de Clash détruisant leurs instruments. Guitar Drag est un morceau de punk-rock nourri de la rudesse du blues, un manifeste qui nous emmène dans un Texas en proie au racisme, où continuent à se perpétrer des crimes, tel celui de James Byrd, un Africo-Américain mis à mort après avoir été traîné par un camion, variante contemporaine du Strange Fruit chanté jadis par Billie Holiday. Dans Guitar Drag, Marclay a fait de la guitare électrique le prolongement le plus émouvant qui soit du corps humain.

Emma Lavigne


Avec la collaboration de Paula Cooper Gallery, New York.