CBGB, New York ; Grande Ballroom, Detroit ; Blind Pig, Ann Arbor ; 9:30 Club, Washington D.C., Saint Andrew’s Hall, Detroit Rhona Bitner, photographe américaine travaillant entre Paris et New York, compose depuis 2006 son nouvel opus, Listen, en photographiant les salles de concert et les studios d’enregistrement mythiques, lieux de mémoire où ont été écrites les riches heures de la musique populaire américaine, qu’elle saisit désertés, abandonnés, vidés de toute présence humaine, comme s’il s’agissait de mieux faire résonner ces espaces vides suspendus dans le temps, d’ouvrir ces espaces intermédiaires se situant selon les mots de Régis Durand « dans l’entre-deux du rêve éveillé, dans la suspension de l’anticipation ou de l’après-coup. Un moment où tout semble intact, comme dans un effet de persistance rétinienne ». La rigueur quasiconceptuelle de ce projet qui comprend déjà 172 uvres et que Rhona Bitner continue de poursuivre, sillonnant le territoire américain, évoque l’entreprise photographique d’archivage des monuments industriels déployée depuis plus de trente ans par Bernd et Hilla Becher. Il porte aussi en filigrane l’empreinte des photographies prises par William Eggleston, officiellement engagé par Graceland Enterprises en 1993 pour photographier la maison-mausolée d’Elvis. Comme l’a exprimé Greil Marcus dans son livre, Dead Elvis, ces vingt-cinq photographies à travers le labyrinthe de Graceland rendent sensibles l’absence d’Elvis, son irrémédiable effacement. « Les murs et les meubles sont muets () le silence est écrasant () On y chercherait en vain une révélation. » C’est dans cette tension entre apparition et enfouissement, rémanence et oubli, reconnaissance visuelle et mémoire auditive que Rhona Bitner nous invite d’être à l’écoute de l’image, à mesurer l’épaisseur psychologique et ontologique de ces temporalités capturées dans des espaces réduits à leur vacuité, voire à leur disparition à l’heure de la dématérialisation de la musique.