Artiste allemande, née à Prague en 1944, Katharina Sieverding étudie à l’École des Beaux-Arts de Hambourg (1962-1963), puis à l’Académie de Düsseldorf (1967-1972), où elle est l’élève de Joseph Beuys. Elle réalise des photos de très grand format où elle joue sur l’agrandissement des images, les contrastes et les superpositions de tramage, pour questionner le problème de l’identité à travers la multiplication de l’image ou de son propre visage dans des séries d’autoportraits retravaillés avec de légères modifications. Dans sa série Transformer (1973-1974), elle brouille les frontières de genre en manipulant les photographies d’elle-même et de son conjoint, Klaus Mettig, lourdement maquillés, inventant des visages hybrides remettant en cause l’objectivité de notre regard. « La conquête d’un autre genre prend place en chacun de nous », affirme-t-elle en s’inscrivant délibérément dans la lignée d’un Warhol maquillé dans ses Selfportraits in Drag, d’un Bowie période Ziggy Stardust, de Jack Smith, ami proche de Sieverding et d’un Lou Reed, qui tous ont fait du maquillage un artifice essentiel à la définition d’une esthétique « camp ». Cette uvre photographique démultipliée est présentée dans l’exposition de référence Transformer : Aspekte der Travestie, organisée en 1974 par le commissaire d’exposition Jean-Christophe Ammann, qui interrogeait le lien entre les manifestations de travestissement dans la musique populaire et dans l’art contemporain et proposait la notion de travestissement comme acte créatif et critique vis-à-vis des visions bourgeoises et réductrices de la masculinité. Les « outrages » de la masculinité traditionnelle de Little Richard ou des stars du glam rock et du punk sont mis en parallèle avec des artistes tels que Jürgen Klauke, Urs Lüthi et Katharina Sieverding. Le mot anglais « transformer », emprunté au célèbre album de Lou Reed, est alors utilisé par ces jeunes artistes suisses et allemands pour décrire l’acte de transcender les définitions binaires du genre. La photographie devient plus que jamais ce miroir qui permet d’engager un jeu du double et de l’altérité.