Né en 1937 à Nice, Robert Malaval, souvent présenté comme le créateur d’une version française du Pop Art, est certainement l’un des artistes qui ont été le plus marqués par l’énergie du rock. « Le rock est une forme de musique dont l’importance n’est pas la qualité musicale mais l’expression dont elle est le médium (comme la peinture pour moi), la révolte intérieure, la non-acceptation », affirme t-il. Artiste solitaire, il se compose un temps un personnage, s’habillant en blanc de pied en cap et créé des sculptures monochromes qu’il nomme Aliment blanc dès 1960 alors que d’autres s’approprient le bleu du ciel, le vide ou le plein. Avec ses immenses installations, environnements multisensoriels, tel Transat-Marine-Campagne-Rock’n Roll incluent des juke-box avec une sélection de 200 de ses disques, Robert Malaval, exprime sa constante réinvention. Comme l’ont exprimé Jérôme Sans et Nicolas Bourriaud dans le catalogue de l’exposition qu’ils lui ont consacrée au Palais de Tokyo à l’automne 2005, ce héros underground « a été tour à tour écrivain à la Philip K. Dick, dandy pop proche des Rolling Stones, moine zen enregistrant le bruit de la mer, urbaniste inspiré, hippie voyant le monde en “ rose-blanc-mauve ”, installateur d’environnements complexes qui anticipent sur l’art “ cool ” des années 1990, pionnier du glam rock peignant avec des paillettes, inventeur d’une esthétique punk, avant de se jeter, tel un “ kamikaze ” du no future, dans le “ vortex ” du suicide ». Il commence au printemps 1969 un livre sur les Rolling Stones dont il travaille avec passion la maquette jusqu’en 1973. Cet ouvrage, qui ne trouvera jamais d’éditeur, est illustré de ses traductions des chansons, d’articles de presse, de dessins et des photographies du groupe prises par Dominique Tarlé, lui aussi fasciné par le groupe qu’il suit pendant près de trois ans et dont il réalise les clichés célèbres de leur séjour à la villa Nellcôte à Villefranche-sur-Mer. Malaval s’appropriant ces éléments visuels, déchirant les photos, les recomposant, transformant cette maquette en partition musicale destinée à une performance live proche de l’énergie punk. « Je me prépare à peindre – essais de couleurs, constitution d’une gamme, de pochoirs très précis ou de simples indications sur papier – comme on branche les instruments d’un orchestre de rock’n roll. Tout se mélange pour moi, le son, la musique, la peinture, la vie », confie celui qui se suicidera en 1980 en écoutant un dernier disque, Blank Generation, de Richard Hell, inventeur du punk rock américain.