Jamie Reid naît en 1947 à Shirley, dans la banlieue de Croydon, en Grande-Bretagne, dans une famille à l’engagement politique affirmé. Son père est journaliste de gauche au Daily Sketch, son frère est attaché de presse du Comité des 100, regroupant des activistes militant pour le désarmement nucléaire au début des années 1960. Jamie étudie à la Croydon Art School, tout comme le futur producteur punk Malcolm McLaren qu’il rencontre en 1968. Ils sont tous les deux adeptes de la pensée maoïste qui s’attaque à l’establishment et à l’autorité institutionnelle au sein de l’université. L’Internationale Situationniste, qui prône des interventions sociales recourant à une combinaison d’actions radicales artistiques et politiques et qui culmine avec mai 1968 exerce une influence essentielle sur Jamie Reid. Il s’affirme comme graphiste adoptant le vocabulaire actionniste des étudiants qui, lors des manifestations, produisent des affiches utilisant la sérigraphie, le collage, le lettrage simplifié réalisé au pochoir. En 1970, Jamie Reid fonde à Croydon un journal communautaire agitateur, The Suburban Press, diffusant la version anglicisée des interventions situationnistes. Il est contacté en 1976 par Malcolm McLaren et collabore avec les Sex Pistols, alors que ce dernier dirige avec la styliste Vivienne Westwood la boutique punk Sex. Il conçoit alors les couvertures des disques du groupe, des affiches et autocollants. «Je voyais le punk comme faisant partie d’un mouvement artistique qui s’est étendu sur les cent dernières années, plongeant ses racines dans l’agitprop russe, le surréalisme, Dada et le situationnisme.» Sa palette graphique, des lettres découpées au détournement de photographies, comme celle prise par Cecil Beaton pour le jubilé de la reine, qui orne la pochette de Anarchy in the UK, dérive des techniques de photo-collages de John Heartfield et des expériences de découpage-collage du livre Mémoires, 1957, de Guy Debord, réalisé avec Asger Jorn. Ce livre est dans la lignée des travaux et des déclarations d’intention d’Asger Jorn : « Soyez modernes / collectionneurs, musées. / Si vous avez des peintures anciennes / ne désespérez pas. / Gardez vos souvenirs / mais détournez-les / pour qu’ils correspondent à votre époque. » Reid place l’esthétique du détournement au cur de ses stratégies plastiques et politiques. La photographie au sein de « the maelström » de procédés graphiques est, elle aussi, soumise à cette esthétique subversive du collage. Jamie Reid prend une photo, la découpe, la colle, la rephotographie pour lui donner une autre réalité, insérer cet esprit dadaïste du détournement dans d’infra-minces interstices.