Né en 1946 à Buenos Aires en Argentine, David Lamelas est l’un des pionniers de l’art conceptuel. Figure clé de la scène artistique argentine qu’il quitte en 1968 pour s’installer à Londres où il étudie au St Martins College of Art à Londres, il utilise des médiums très variés, de la photographie à l’installation, de la performance au cinéma pour construire une uvre interrogeant les modalités de la transmission et de la réception de l’information dans les médias contemporains, et plaçant l’espace et le langage au cur de ses enjeux plastiques. À l’instar de Guy Debord dans La Société du spectacle (1967) qui analysait combien « le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images », Lamelas démonte le système de médiatisation en utilisant la photographie comme un langage pluriel, empruntant tour à tour dans ses séries London Friends, Rock Star et Violent Tapes les codes de la photographie de mode, « people » ou de rock star, allant jusqu’à demander à un photographe de mode professionnel de photographier ses amis comme des pop stars dans London Friends (1973). Il exploite aussi en pionnier le vocabulaire de la photographie d’exploitation du film de cinéma, devenu une esthétique à part entière dans le monde de la culture populaire. Ces photos générant une fiction ont été très utilisées par exemple par Helmut Newton dans le monde de la mode. Dans Rock Star (Character Appropriation), 1974, il incarne lui-même tous les archétypes des icônes de la rock star en extase sur scène, les cheveux longs flottant au vent, afin d’analyser le processus de transformation d’un personnage, le langage de l’attitude pop. « J’habitais à Londres et cette image était celle de la culture anglaise de l’époque. Tout le monde voulait être ça. Alors, j’ai décidé de faire une photo de moi comme ça, en rock. Et je suis ça – dans la photo. Puisque la photo, c’est la vérité ! », précise-t-il, rappelant une autre analyse de Debord : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. » Cette thématique viendra également nourrir son film, The Hand, sur le terrorisme, en 1976, suivant l’histoire d’une rock star qui revient à Los Angeles pour remonter sur scène, dix ans après avoir disparu du monde du spectacle.