Né en 1933 à McPherson dans l’État du Kansas, Bruce Conner (qui s’est éteint en 2008 à San Francisco) s’est fait connaître dans les années 1950 au sein de la scène beat californienne, par les assemblages qu’il réalise à partir de matériaux de récupération. En 1958 avec son court film expérimental, A Movie, montage de found footage, tirés de bandes d’actualité, d’extraits de films de série B, scandés d’écrans noirs, il réinvente l’idée même du récit cinématographique en faisant défiler ces images ready made à un rythme effréné. Dans ses films suivants, il associe la musique de Devo ou David Byrne aux images et peut à ce titre apparaître comme le père du vidéo-clip. Parallèlement à sa pratique de cinéaste expérimental, il développe une uvre prolixe, dessine, réalise des collages et questionne le médium photographique comme dans sa célèbre série Angels (1975), photogrammes décalquant un autoportrait ou une captation de l’aura de l’artiste, placé entre une source lumineuse et une grande feuille de papier photosensible C’est en 1978 qu’il articule son travail autour de l’esthétique punk collaborant au nouveau fanzine créé par l’éditeur V. Vale, Search and Destroy, avec ses photographies prises au club Mabuhay Gardens à San Francisco. Scène culte de la contre-culture de la fin des années 1970, espace chaotique et passablement délabré, le Mabuhay Gardens accueillit des groupes punk tels que The Avengers, Roz of Negative Trend, The Situations, UXA, Toni Basil et Devo. Les photographies que Conner prend de ce microcosme rendent compte des connivences existant entre cet artiste issu de la Beat Generation et l’énergie incandescente et post-Dada de ces musiciens dont il saisit l’humour insolent, à l’instar de ceux du groupe Devo, rendus célèbres par leur version mécanique et déshumanisée du Satisfaction des Rolling Stones. Conner saisit ces clichés comme un photographe de guerre, s’engageant dans les pogos, s’immisçant dans la mêlée de corps pour capturer le temps d’une image ce qui, au-delà du vacarme et des stridences des performances punk, a été qualifié par Greil Marcus de dramatique « silence » de la génération du vide. Avec ses sculpturaux collages Dead Ashes (1995), réalisés près de vingt ans plus tard, Conner rend hommage à ces comètes punk, tels Ricky Williams, Frankie Fix, Johnny Strike, comme autant d’odes à ces musiciens qui eux aussi avaient faite leur la devise de Neil Youg, « It’s better to burn out than to fade away ».