Né en 1954 à Red Bank dans le New Jersey, David Wojnarowicz construit jusqu’à sa mort en 1992 une uvre enragée autant qu’engagée où toutes les formes plastiques, de la photographie au cinéma expérimental, de la peinture à l’écriture sont convoquées pour exprimer son urgence à vivre dans une société cadenassée. Militant homosexuel, il devient une personnalité artistique du New York underground de l’East Village des années 1980, amant du photographe Peter Hujar, fréquentant Nan Goldin, Richard Kern, Lydia Lunch, Le poète beat William Burroughs avait reconnu en lui un de ses pairs lorsqu’il écrivait, « David Wojnarowicz déclare qu’il crée chaque peinture, chaque photographie, chaque phrase comme si c’était la dernière. (Lorsque nous sommes directement confrontés à la mort, à cet instant-là, nous sommes immortels.) Il dit que la chose la plus dangereuse, la plus subversive que nous puissions faire est d’observer et de voir la structure de la société ou de la réalité. Lorsqu’on la voit, elle disparaît. » L’uvre chez Wojnarowicz est la caisse de résonance de sa pensée poétique, et la série Arthur Rimbaud à New York (1978-1979) dont il construit la narration photographique comme les différents chapitres d’une biographie imaginaire (Les photos portent des titres comme Rimbaud à Brooklyn jour et nuit, Rimbaud dans Chinatown, Rimbaud dans Bowery) révèle plus qu’aucune autre les connivences entretenues avec l’auteur d’Une saison en enfer, d’une enfance douloureuse à l’homosexualité qui libère alors que la société emprisonne. Cette suite de photographies est aussi la mémoire d’une performance, celle de l’artiste déambulant dans New York, le visage masqué par la photographie qu’Étienne Carjat avait prise du poète en 1871, comme un autoportrait hybride, entre deux hommes qu’un siècle sépare mais que la poésie réunit.